Samedi 20 octobre 2007
Rénovation, c’est incontestablement le mot du jour chez les socialistes. La rénovation idéologique et programmatique est brandie par ceux qui n’ont jamais eu le courage d’assumer leur orientation
droitière (ou leur tropisme centriste, comme on voudra) face aux militants. Et la rénovation démocratique, on peut le craindre, est en train de devenir l’outil de ceux qui détiennent déjà le
pouvoir dans notre parti, et entendent bien le conserver.
En témoigne la proposition d’introduire une prime majoritaire pour les votes de congrès, proposition statutaire portée depuis peu par François Rebsamen. L’argument qui soutient cette proposition est le suivant : le parti a besoin de statuts qui garantissent des majorités stables. Et l’auteur de cette proposition est donc François Rebsamen, membre de la direction du parti sans interruption depuis 10 ans, au nom d’une majorité dont le score n’est jamais tombé en dessous de 50% dans la même période.
Un regard rétrospectif sur les congrès du Parti socialiste depuis Epinay, en 1971, permet d’ailleurs de faire le constat suivant : en 36 ans et 21 congrès, il n’est arrivé que 3 fois qu’aucune motion ne rassemble pas au moins la moitié des suffrages des militants.
La première à Epinay, mais il paraît logique qu’un congrès de fondation conduise chacun à vouloir évaluer son poids. La deuxième à Metz, en 1979, congrès marqué par l’affrontement Mitterrand - Rocard : il faut tout de même noter que le premier obtenait alors 40% des voix des militants, contre moitié moins pour son concurrent. Et la troisième à Rennes en 1990, terrible congrès où s’ouvrit la succession du Président alors en exercice, sans qu’aucun des héritiers ne parvienne à emporter le magot. Trois fois en plus de trente ans, donc.
Ce dernier épisode mérite qu’on s’y arrête, car c’est avec ce souvenir cuisant à l’esprit que Lionel Jospin, une fois devenu Premier secrétaire, décida de proposer aux militants d’élire désormais au suffrage universel direct leurs responsables. Cette réforme statutaire est évidemment décisive. Car désormais, indépendamment du résultat des motions, le Premier secrétaire, ainsi que les Premiers fédéraux et les secrétaires de sections, tiennent leur légitimité directement des militants, et doivent rassembler au moins la moitié de leurs suffrages.
Une telle réforme rend un nouveau congrès de Rennes impossible, car si le Conseil national et le BN (ainsi que leurs déclinaisons locales) continuent à représenter les motions dans leur diversité, l’élection du Premier secrétaire ne dépend plus « d’accord de couloirs ». Et cette légitimité nouvelle lui permet de faire vivre le Parti.
La question de la stabilité ne se posant plus, qu’est-ce qui peut donc pousser des responsables d’un Parti dont l’orientation est de refuser la présidentialisation, et d’introduire de la proportionnelle dans l’élection du Parlement, à vouloir au contraire introduire du majoritaire dans l’élection de nos instances ?
On peut y voir l’aboutissement d’une logique déjà très présente dans la fameuse « méthode Royal » : toujours privilégier l’expression individuelle sur l’expression collective. Les adhérents doivent être consultés, bien sûr, ils doivent « donner leur avis » sur des forums Internet, ou lors de débats participatifs. Mais surtout, ils ne doivent pas s’organiser pour proposer des orientations alternatives. C’est cette consultation des individus qui doit prendre le pas aussi à l’échelle de la société, plutôt que les formes historiques d’organisation de la gauche, syndicats, associations, etc.
Puisque la société s’individualise, le Parti socialiste doit s’individualiser aussi. Plus qu’une réforme statutaire, c’est donc de révolution philosophique dont on parle.
La deuxième conséquence d’une réforme comme celle-ci découle naturellement de la première. La prime majoritaire est faite pour décourager ceux qui voudraient éventuellement « sortir du rang ». Car si la motion majoritaire dispose, même si sa majorité est relative, d’une prime dans l’attribution des postes dans les instances, les autres motions se verront évidemment réduite à la portion congrue : le message est clair, celui qui voudra se mettre en travers des projets du Premier secrétaire sortant devra être très sûr de lui…
Plus que la garantie de la stabilité des majorités, c’est donc bien plutôt la stabilité de ceux qui sont en place que vise une telle réforme, en rendant beaucoup plus difficile l’expression d’orientations alternatives, ou même d’alternatives tout cour, au sein du parti socialiste. Autrement dit, c’est un véritable putsch statutaire auquel nous risquons d’assister, si tous ceux qui croient encore au débat, et à la capacité du PS de représenter l’ensemble de la gauche réformiste, ne se mobilisent pas.
Julien BOBOT
En témoigne la proposition d’introduire une prime majoritaire pour les votes de congrès, proposition statutaire portée depuis peu par François Rebsamen. L’argument qui soutient cette proposition est le suivant : le parti a besoin de statuts qui garantissent des majorités stables. Et l’auteur de cette proposition est donc François Rebsamen, membre de la direction du parti sans interruption depuis 10 ans, au nom d’une majorité dont le score n’est jamais tombé en dessous de 50% dans la même période.
Un regard rétrospectif sur les congrès du Parti socialiste depuis Epinay, en 1971, permet d’ailleurs de faire le constat suivant : en 36 ans et 21 congrès, il n’est arrivé que 3 fois qu’aucune motion ne rassemble pas au moins la moitié des suffrages des militants.
La première à Epinay, mais il paraît logique qu’un congrès de fondation conduise chacun à vouloir évaluer son poids. La deuxième à Metz, en 1979, congrès marqué par l’affrontement Mitterrand - Rocard : il faut tout de même noter que le premier obtenait alors 40% des voix des militants, contre moitié moins pour son concurrent. Et la troisième à Rennes en 1990, terrible congrès où s’ouvrit la succession du Président alors en exercice, sans qu’aucun des héritiers ne parvienne à emporter le magot. Trois fois en plus de trente ans, donc.
Ce dernier épisode mérite qu’on s’y arrête, car c’est avec ce souvenir cuisant à l’esprit que Lionel Jospin, une fois devenu Premier secrétaire, décida de proposer aux militants d’élire désormais au suffrage universel direct leurs responsables. Cette réforme statutaire est évidemment décisive. Car désormais, indépendamment du résultat des motions, le Premier secrétaire, ainsi que les Premiers fédéraux et les secrétaires de sections, tiennent leur légitimité directement des militants, et doivent rassembler au moins la moitié de leurs suffrages.
Une telle réforme rend un nouveau congrès de Rennes impossible, car si le Conseil national et le BN (ainsi que leurs déclinaisons locales) continuent à représenter les motions dans leur diversité, l’élection du Premier secrétaire ne dépend plus « d’accord de couloirs ». Et cette légitimité nouvelle lui permet de faire vivre le Parti.
La question de la stabilité ne se posant plus, qu’est-ce qui peut donc pousser des responsables d’un Parti dont l’orientation est de refuser la présidentialisation, et d’introduire de la proportionnelle dans l’élection du Parlement, à vouloir au contraire introduire du majoritaire dans l’élection de nos instances ?
On peut y voir l’aboutissement d’une logique déjà très présente dans la fameuse « méthode Royal » : toujours privilégier l’expression individuelle sur l’expression collective. Les adhérents doivent être consultés, bien sûr, ils doivent « donner leur avis » sur des forums Internet, ou lors de débats participatifs. Mais surtout, ils ne doivent pas s’organiser pour proposer des orientations alternatives. C’est cette consultation des individus qui doit prendre le pas aussi à l’échelle de la société, plutôt que les formes historiques d’organisation de la gauche, syndicats, associations, etc.
Puisque la société s’individualise, le Parti socialiste doit s’individualiser aussi. Plus qu’une réforme statutaire, c’est donc de révolution philosophique dont on parle.
La deuxième conséquence d’une réforme comme celle-ci découle naturellement de la première. La prime majoritaire est faite pour décourager ceux qui voudraient éventuellement « sortir du rang ». Car si la motion majoritaire dispose, même si sa majorité est relative, d’une prime dans l’attribution des postes dans les instances, les autres motions se verront évidemment réduite à la portion congrue : le message est clair, celui qui voudra se mettre en travers des projets du Premier secrétaire sortant devra être très sûr de lui…
Plus que la garantie de la stabilité des majorités, c’est donc bien plutôt la stabilité de ceux qui sont en place que vise une telle réforme, en rendant beaucoup plus difficile l’expression d’orientations alternatives, ou même d’alternatives tout cour, au sein du parti socialiste. Autrement dit, c’est un véritable putsch statutaire auquel nous risquons d’assister, si tous ceux qui croient encore au débat, et à la capacité du PS de représenter l’ensemble de la gauche réformiste, ne se mobilisent pas.
Julien BOBOT
par Réinventer la gauche
publié dans :
Atelier 3 : Réinventer le PS
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Atelier n° 3 : Réinventer le Parti
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