Samedi 3 mai 2008

Contribution du NPS Paris-12e

Evitons les faux débats et le manichéisme

Les socialistes ont accepté l’économie de marché dans les faits en 1983, lors du débat sur la sortie du Système Monétaire Européen. L’actuelle déclaration de principe, adoptée en 1990, affirme que le PS est favorable à « une société d’économie mixte » qui ne méconnaisse pas les règles du marché. Et l’article 6 de la nouvelle déclaration se prononce clairement pour «une économie sociale et écologique de marché, une économie de marché régulée par la puissance publique ».

C’est dans le cadre de l’économie de marché que s’épanouit la « mondialisation », autrement dit la globalisation des relations économiques gouvernées par les règles du libre-échange. Nous socialistes, fondamentalement internationalistes, ne pouvons prôner le repli sur soi, le protectionnisme, et l’indifférence au sort des peuples les plus démunis. L’histoire nous a appris que le développement des échanges, sous certaines conditions, peut-être un puissant levier de prospérité économique et d’élévation des niveaux de vie. Mais comme le rappelle la nouvelle déclaration, nous portons aussi « une critique historique du capitalisme, créateur d’inégalités, porteur d’irrationalité, facteur de crises, qui demeure d’actualité à l’âge d’une mondialisation dominée par le capitalisme financier ».

La mondialisation libérale : génératrice d’inégalités et ignorante des enjeux écologiques

L’accélération du libre échange a créé de nouvelles richesses. Elle a en même temps creusé les inégalités de niveaux de vie entre les classes vivant du seul revenu du travail et celles qui profitent des revenus du capital. Ainsi, en France, en vingt ans, la part des salaires dans le partage de la valeur ajoutée a chuté de plus de 10% au profit du capital.

La mondialisation a aussi creusé les inégalités de développement entre le Nord et le Sud. Abandonnée aux guerres et aux pandémies, l’Afrique sub-saharienne présente un revenu par habitant inférieur à celui de 1975. Au Cameroun, en Egypte, en Haïti ou aux Philippines, les émeutes de la faim mettent à nouveau en lumière les dégâts considérables des politiques libérales imposées aux pays pauvres par les institutions internationales (Banque mondiale, FMI).

Au sein des nouvelles puissances économiques, à l’exception de quelques territoires tel le littoral chinois, la misère reste immense. Les revendications salariales sont traitées par le recours à l’armée. Les violations des droit humains les plus élémentaires (exploitation des femmes et des enfants) restent très fréquentes. En Chine, la société est de plus en plus inégalitaire ; plusieurs études indiquent ainsi que les 10% les plus pauvres de la population ont connu une détérioration très forte de leurs conditions de vie.

Polarisée sur la recherche exclusive de la rentabilité financière à court terme, tirant profit du laxisme des réglementations environnementales et de l’absence d’authentiques politiques énergétiques, la mondialisation libérale contribue à l’aggravation des menaces écologiques qui pèsent sur la planète, à commencer par l’épuisement des réserves énergétiques et le réchauffement climatique.

Un capitalisme financier mondialisé destructeur de croissance pérenne

Le capitalisme financier se caractérise par un flux incessant et déterritorialisé de capitaux, peu régulé, constituant  un marché mondial dominé par les gestionnaires de fonds (fonds de pension, fonds spéculatifs, compagnies d’assurances, pays producteurs de pétrole, …) et les grandes banques qui recherchent une rentabilité à très court terme. Ce marché finance des projets productifs, mais majoritairement des opérations purement spéculatives et déconnectées de l’économie réelle.

A cause d’exigences excessives de rentabilité (au moins 15% annuels alors que le PIB de la plupart des pays augmente au mieux de 5% par an), le capitalisme financier ne permet plus une croissance pérenne, génératrice de stabilité économique et sociale, car il se traduit par des périodes de croissances rapides et brèves suivies par des périodes d’effondrement. Alors que les cycles précédents concernaient les NTIC et l’immobilier, la récente crise des « subprimes » a montré publiquement que l’élément moteur de ce système, le secteur bancaire, était incapable d’évaluer les risques de ses propres activités spéculatives.

Cette forme de capitalisme est à bout de souffle, car en spéculant avec les fonds des épargnants, des futures retraites, des assurances, avec les matières premières énergétiques et alimentaires, elle produit des effets dévastateurs dans la population mondiale comme en témoignent les récentes émeutes de la faim.

La France dans la mondialisation libérale

En France, où l’on manque d’une stratégie industrielle, l’exigence de rentabilité élevée à court terme se traduit par un sous-investissement productif chronique, notamment dans les secteur innovants. L’amélioration des marges bénéficiaires se fait aussi au détriment de la masse salariale, par la réduction des effectifs et par une pression à la baisse sur les salaires.

Les délocalisations industrielles sont loin d’être un phénomène marginal, comme voudraient nous le faire croire certaines études d’inspiration libérale. Les chiffres avancés ne tiennent compte que des transferts apparents. Ils ignorent le recours croissant à des sous-traitants implantés dans les pays à bas coût de main d’œuvre. Ils ignorent aussi les faillites en hausse exponentielle qui masquent les départs.

L’amélioration de la compétitivité passe par la baisse des prix plutôt que par la hausse de la productivité. Et la mondialisation sert ainsi de prétexte, en France et ailleurs, à la généralisation de politiques de régression sociale qui se résument, selon le « consensus de Washington », à la modération salariale, à une politique exacerbée de la concurrence dans tous les secteurs d’activité sans distinction, à la flexibilité du marché du travail et à la réduction des dépenses publiques, y compris celles qui finançaient les mécanismes collectifs de protection sociale.

L’actualité récente nous encourage à promouvoir une autre mondialisation

Le système financier international est touché aujourd’hui par une crise de grande ampleur qui menace d’entraîner l’économie mondiale dans la spirale de la récession. Parallèlement s’accélère la prise de conscience mondiale de l’urgence des défis environnementaux. Le débat actuel aux Etats-Unis porte ainsi sur les restrictions au libre-échange, sur la progressivité de l’impôt, sur le retour de l’intervention publique dans la sphère économique ou sur la régularisation de 12 millions de sans-papiers.

Alors qu’aux Etats-Unis, en Angleterre, et demain en France et en Europe, les dirigeants seront soumis à la nécessité de prendre des mesures radicales de sauvetage du système bancaire et de se tourner vers des formes nouvelles de régulation publique de l’économie, il serait paradoxal que la gauche française, en quête d’une illusoire modernité, mue à contresens de l’histoire. Nous assistons probablement à la fin de la domination culturelle du  capitalisme financier et de l’ultralibéralisme économique. Cela constitue une opportunité sans précédent de faire avancer nos idées progressistes.

Comment maîtriser le moteur de la mondialisation ? Comment préserver les acquis des modèles sociaux les plus avancés et créer les conditions de leur extension dans les pays qui en sont dépourvus ?

Propositions pour une mondialisation juste et solidaire

·         Relancer la croissance selon un modèle juste et durable : traiter la question salariale pour enrayer la baisse du pouvoir d’achat des ménages (indexer les hausses salariales sur les gains de productivité) ; mener une politique fiscale de meilleure répartition entre les revenus du travail et ceux du capital ; avoir une stratégie industrielle nationale pour aller vers une économie de spécialité à plus forte valeur ajoutée, ce qui suppose notamment de redéfinir le degré de l’interventionnisme public pertinent et efficace, orienté vers des secteurs particuliers tels que l’eau et l’énergie.

Aller vers la République européenne, d’abord en retrouvant à l’échelle européenne des outils politiques évanescents à l’échelle nationale :
promouvoir le fédéralisme budgétaire ; réformer les objectifs de la BCE et du pacte de stabilité (en finir avec la politique de l’euro surévalué - choisir l’impôt, l’emprunt et la redistribution) ; engager l’Europe sociale ; construire un projet industriel similaire à celui de la CECA, la Communauté Européenne de la Recherche et de l’Innovation, pour harmoniser les objectifs et coordonner les moyens ; sortir de l’angélisme en se servant des outils à la disposition de l’UE comme le tarif extérieur commun pour les pays concurrents majeurs n’adoptant pas les mêmes règles commerciales ; faire pression pour abolir les paradis fiscaux dans l’UE.

·        Mondialiser la politique :
oser la réforme des institutions internationales, notamment pour que l’OMC soit soumise à l’ONU et que les normes sociales, environnementales et sanitaires, ainsi que la diversité culturelle, acquièrent une valeur juridique équivalente aux normes commerciales ; réguler le capitalisme financier en taxant les profits réalisés sur les spéculations non génératrices d’investissement ; revoir, d’abord en France, le système de rémunération des dirigeants des grandes entreprises (limiter les rémunérations par dividendes assujetties à des objectifs à court terme).

Contact NPS dans le 12e: Laurent Touzet - npsparis12@free.fr

 

 

par Réinventer la gauche
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