Mardi 16 octobre 2007
Longtemps réels, puis longuement fantasmés, les affrontements entre la première et la deuxième gauche ont alimenté la chronique du socialisme au moins de la fin des années soixante au début des années 90. On sait que le terme de « Deuxième Gauche » apparaît officiellement au congrès de Nantes de 1977 dans une intervention  de Michel Rocard, s’appropriant une sensibilité « girondine et régionaliste et autogestionnaire » opposée à une première gauche « étatiste et jacobine ».En réalité, l’affrontement entre ces deux courants du socialisme plonge ses racines dans une histoire politique beaucoup plus longue et se prolonge encore, même si les formes organisées de ce clivage n’existent plus vraiment.
Il ne s’agira pas d’établir une chronique détaillée de l’histoire de la Deuxième Gauche mais plutôt d’établir à chaque étape de ses questionnements une réflexion subjective sur ses apports et ses dérives : Quel inventaire peut-on faire de la Deuxième Gauche aujourd’hui ? Quelle utilité conceptuelle et pratique conserve-t-elle dans la construction d’une gauche de transformation sociale au XXIème siècle en France ?
Il faudra d’abord s’intéresser à ses prémices et constater sa pluralité originelle, puis tenter de comprendre la synthèse originale qui lui fait prendre corps dans les années soixante et enfin remarquer son acmé et son éclatement dans les vingt dernières années.

I/ Le refus de l’étatisme, un rapport critique au républicanisme


Quand les années soixante voient émerger le PSU et la CFDT, il est convenu d’attribuer à ces nouveaux venus une originalité politique totale et a-historique. La Deuxième Gauche naît en soi, sans racine et sans passé. Evidemment, il n’est rien de plus faux, les années soixante ne sont qu’un moment particulier de son existence où la Deuxième Gauche « prend corps », synthétisant différents courants déjà anciens.
On doit ainsi porter notre regard sur la genèse même du socialisme français, même s’il faut éviter les héritages obligatoires et les anachronismes.

A/ L’apolitisme originel du socialisme français
Dès le XIX ème siècle s’opposent ceux qui, à gauche, s’intéressent à la question sociale. Le monde ouvrier, dans sa diversité d’alors répond de manière hétérogène à la question du pouvoir d’état : faut-il en faire un objectif ou au contraire le refuser ?
Très tôt, les intellectuels utopistes semblent prendre leurs distances avec la politique. Au-delà des théorisations et constructions imaginatives, les phalanstères et autres organisations saint-simonniennes  prônent alors soit la dissidence pour laisser place à l’expérimentation communautaire (Fourier, Owen), soit la volonté d’inspirer le pouvoir politique dans sa politique économique et sociale, quelque soit ce pouvoir politique, sa forme, ses assises, son idéologie. On le sait, pour Saint-Simon, le socialisme (terme qu’il refuse) est d’abord une technique qu’il s’agit de proposer au maître en place. Proudhon lui-même multipliera les discussions avec Napoléon III concernant le mutualisme et la liberté syndicale. Ainsi, un socialisme apolitique de dissidence ou technocratique agit et est sans doute même majoritaire en France avant la Commune.
Cette méfiance par rapport au politique se radicalise ,on le sait, avec l’auto-organisation du mouvement ouvrier et l’anarcho-syndicalisme (puis syndicalisme révolutionnaire) qui préside à la naissance des organisations de classe en France.

B/ La Commune, une révolution différente
Evidemment, on ne peut passer sous silence l’épisode communard, véritable référence pour tous les adeptes de l’autogestion. Même s’il faut relativiser la composante libertaire dans la direction politique de la Commune (les marxistes, les jacobins blanquistes et surtout les républicains d’inspiration « quarante-huitarde » seront largement majoritaires) on ne peut qu’observer que les thèmes idéologiques portés sont originaux à plusieurs égards par rapport à la tradition progressiste française. Tout d’abord, la simultanéité des objectifs sociaux et politiques : Il s’agit à la fois de prôner le fédéralisme communal comme base de la nouvelle république et d’abroger le capitalisme au profit de l’autogestion des moyens de production.
Enfin, surtout après la défaite des généraux communards face aux versaillais, le mot d’ordre de « chacun combat dans son quartier », sans hiérarchie proclamée, montre la force des mots d’ordre libertaires.

C/ 1900, la fin du scientisme
La fin du XIXème et le début du XXème voient ce qu’on appelle la « crise de conscience européenne », ce qu’on pourrait traduire par la fin de l’espérance scientiste. Le rationalisme ne paraît plus en mesure de répondre à des sociétés bouleversées par l’industrialisation. Les philosophies du sentiment et anti-rationalistes explosent, notamment avec Bergson et Nietzsche, plus tard, l’émergence des théories psychanalytiques place presque définitivement l’intelligence à sa place : « cette petite chose à la surface de l’homme ».
Ces questionnements ont des conséquences directes à la fois sur le républicanisme positiviste d’une grande partie de la Gauche et sur le marxisme d’une partie des socialistes. Si le rationalisme est battu en brèche, le seul espoir de révolution sociale se situe alors dans l’instinct des masses, sa spontanéité, sa violence inconsciente. On voit ainsi émerger un « immédiatisme » ouvriériste en rupture à la fois avec le catéchisme républicain et le marxisme orthodoxe dont les promesses « scientifiques » (l’affaiblissement du capitalisme par ses contradictions internes) sont décrédibilisées. Sorel avec ses « réflexions sur la violence » sera un des porte-paroles les plus efficaces de cette nouvelle radicalité.
A côté de cette révision du marxisme à l’extrême-gauche, se propage également une révision du marxisme par la droite. Ainsi, nombre de dirigeants socialistes, faisant le même constat que les soreliens sur les prévisions marxiennes se tournent vers une simple volonté de réforme du capitalisme, même si cela est rarement assumé, et une critique « mezzo-voce » du marxisme orthodoxe au nom de la tradition humaniste, on connaît le rôle de Jaurès dans cette évolution de la SFIO.

D/La naissance des chrétiens de gauche
Enfin, les premières décennies du siècle voient la formalisation du passage à gauche de militants catholiques, très engagés dans l’action ouvrière. Cet héritage du christianisme social du XIXème sera un ferment important de la reconstruction de la gauche après la Deuxième Guerre mondiale et existe avec un référentiel propre et original. Tout d’abord, ces catholiques sont issus d’un monde en soi, l’Eglise, concurrente directe de l’Etat et de la République, ainsi, si volonté de dissidence il y a, c’est surtout  par rapport à l’autorité du clergé et cette expérience anti-autoritaire marquera profondément les militants démocrates-chrétiens du Sillon ou les fractions progressistes de la Cftc qui naît en 1919.

Par rapport à la tradition majoritaire de la gauche française, marquée par son origine républicaine et montagnarde après la chute du fédéralisme girondin, à la tradition majoritairement marxiste dans sa version étatiste après la victoire idéologique du guesdisme dans le socialisme français, se situent quatre mouvances en opposition possible à la Première Gauche précédemment caractérisée : le spontanéïsme ouvriériste, le technocratisme apolitique, la démocratie chrétienne progressiste, le réformisme « social-démocrate ».Ces quatre courants sont à l’origine de la Deuxième Gauche

II/ La synthèse des années soixante

A/ La crise de la gauche officielle
Trois crises marquent l’histoire de la gauche française de l’après-guerre aux années 70:
- la naissance d’une contestation radicale du stalinisme.
Après 1956 et la répression soviétique en Hongrie, de nombreux militants communistes, de tradition marxiste, quittent le PCF. Ils rejoignent dans la contestation du stalinisme et de ses pratiques  ceux qui en avaient fait leur discours dominant à l’extrême gauche, les trotskystes et les libertaires. Ils forment, de manière encore prosaïque, une force militante disponible pour construire un espace entre le PCF et une SFIO déconsidérée.
-l’éclatement de la SFIO sur la question coloniale.
La guerre d’Algérie est, on le sait, l’origine de la scission de fractions entières de la SFIO, refusant la politique répressive de leur parti face aux militants indépendantistes. Ces départs touchent toutes les sensibilités socialistes, de son extrême gauche à ses rangs les plus modérés. C’est la naissance du PSA, bientôt rejoints par des humanistes de gauche (radicaux comme Hernu), puis par les fractions anti-staliniennes du communisme et enfin, des militants chrétiens de gauche ou d’extrême –gauche. Cette naissance d’un appareil politique, le PSU, tentant d’unifier tous les courants anti-autoritaires de la gauche est une première dans l’histoire. Ils trouveront un compagnon puissant à partir de 1964, avec la naissance de la CFDT, se reconnaissant dans un socialisme auto-gestionnaire et libertaire et indépendant du politique
-Mai 68, la Deuxième Gauche dans l’air du temps
La critique de l’autorité, de l’Etat, du Parti, de l’Eglise, s’étend brutalement à toutes les sphères de pouvoir lors du mouvement étudiant de 68, avatar français d’un mouvement mondial de prise de pouvoir par les baby-bommers. Ainsi, si l’aliénation sociale par la domination du Capital reste prégnante, ce sont surtout les contestations nouvelles qui marquent le mouvement baby-boomers de façon originale. Anti-patriarcalisme, féminisme, anti-productivisme, ces notions nouvelles accompagnent la reprise d’idées pré ou anti-marxistes du mouvement socialiste au sens large. Ainsi, l’autogestion et l’anti-étatisme ont des couleurs nouvelles.
Ces trois crises affaiblissent considérablement la gauche traditionnelle, que ce soit le PCF ou la SFIO qui tentent alors de se réinventer face à l’offensive idéologique de la Deuxième Gauche dans les années 70.

B/ Vers une forme d’hégémonie idéologique
Celle-ci se base sur une différenciation des deux appareils dominants en utilisant l’anti-étatisme. Ainsi, Michel Rocard, dans la revue « Faire » dans les années 70, fait le lien entre social-démocratie et communisme par leur « révérence » devant l’action de l’Etat (autoritarisme soviétique ou Etat-Providence). Il nie l’eschatologie marxiste de la prise de pouvoir d’Etat préalable à l’édification du socialisme et dans une reprise de l’allemand Bernstein, plaide pour que la Gauche soit un mouvement permanent, sans objectif fixe si ce n’est la contestation de tout pouvoir établi et ceci par l’association du politique avec les différents acteurs sociaux, en acceptant leurs contradictions et les dialectiques entre politique, associatif et syndical. Ainsi, le politique refuse toute instrumentalisation du mouvement social, n’acceptant que le dialogue et les alliances.
Devant le dessèchement de la Gauche des années soixante, la synthèse anti-autoritaire de la Deuxième Gauche apparaît comme une œuvre salutaire, sur laquelle les socialistes sauront prospérer, en créant le Nouveau Parti Socialiste en 69, en adoptant l’autogestion comme principe et en rassemblant dans le même appareil politique l’essentiel de la première et de la deuxième gauche à partir de 1974.
C’est là toute l’habileté de François Mitterrand qui reprend des éléments entiers des analyses du PSU tout en conservant une stratégie et un discours très « première gauche ». Il peut ainsi simultanément rallier au PS des électorats nouveaux et sensibles au discours CFDT et PSU tout en rognant toujours plus les rangs des électeurs communistes. Ainsi, le célèbre affrontement du congrès de Metz ne porte pas tant sur le fond ( même si certaines questions comme la place du marché ou le degré des nationalisations font sens) qu’un débat stratégique sur l’alliance avec le PCF. D’ailleurs nombre d’acteurs historiques de la Deuxième Gauche soutiendrons alors Mitterrand contre Rocard (Delors, Poperen).
 Les années 80 montreront à quel point les analyses de la Deuxième Gauche pénètreront l’action concrète des socialistes même si ce ne sera jamais revendiqué, cette histoire est connue, il n’est pas besoin de la refaire
 
III/ La radicalisation droitière des années 90

Que ce soit du point de vue politique, syndical avec la CFDT ou intellectuel (Rosanvallon, Furet, Julliard), la chute du mur de Berlin et la fin du communisme change le discours et la pratique de la Deuxième Gauche. Il ne s’agit plus d’une critique anti-autoritaire et non –dogmatique des incohérences et des illusions de la Gauche traditionnelle mais bien de déconstruire entièrement le patrimoine de la gauche en général. Tout y passe, le marxisme, la Révolution Française (matrice de tous les meurtres révolutionnaires de masse), la laïcité, la méfiance habituelle envers l’atlantisme. L’exaltation de la protection de l’individu face au groupe, le refus de tout discours « idéologique » font que la IIème gauche combat d’abord son camp avant de s’intéresser à la Droite et à son renforcement.
. Toute critique sociale est par essence « simplificatrice », on fait l’éloge des réseaux et de l’horizontalité envers tout discours normatif accusé de refuser la « complexité ». De fait, sans le savoir, parfois en l’assumant, la Deuxième Gauche interdit toute critique de la révolution néo-libérale en cours depuis la fin des années 70, seuls ses militants qui se sont tournés vers l’écologie politique aboutissent logiquement à encore contester le système économique dominant, et encore être « libéral-libertaire » chez les Verts devient une mode.
Certes, la Deuxième Gauche ne fait qu’accompagner un mouvement qui emportent bien d’autres progressistes mais elle est originale en ce qu’elle le théorise.
Trois exemples peuvent ainsi être pris.
1/ les dérives de l’anti-totalitarisme
 Dans le champ intellectuel, Pierre Rosanvallon et bien d’autres prônent la fin des clivages, l’avènement d’une société apaisée, composée principalement d’une vaste classe moyenne. L’alliance capital-travail paraît de bon sens et le dialogue entre tous les « raisonnables » s’inscrit dans divers clubs et fondations, c’est la « république du centre » de Jacques Julliard, la lutte contre les « conservatismes de tout bord ». Ce mouvement s’inscrit dans un anti-totalitarisme qui pousse jusqu’à l’antipolitisme : toute action volontariste est suspecte car étant susceptible de nier l’essence humaine par sa volonté de transformation. La réhabilitation de Aron contre Sartre par la Deuxième Gauche intellectuelle se fait avec l’appui enthousiaste des anciens gauchistes soixante huitards. Finalement, un monde humaniste régulé par le marché paraît une fin de l’histoire acceptable devant unir tous les « démocrates » face aux « fanatiques ». Cette évacuation complète de la question sociale trouvera sa limite dans l’aporie que constitue le ralliement de la Deuxième Gauche officielle aux réformes libérales de ce temps. Tirant les conclusions de cet échec, un Rosanvallon créera avec la République des idées une « nouvelle critique sociale » nettement plus en prise avec les intuitions des années soixante.
2/Un syndicalisme sans classe sociale
Le deuxième exemple encore plus frappant est l’évolution de la CFDT. Se recentrant dès les années 80 face au gauchisme des années 70, elle ne saura plus s’arrêter pour à l’extérieur accepter l’essentiel des remises en cause de l’Etat-providence au nom de la modernité et à l’interne, développer jusqu’à l’absurde l’antipolitisme. Ainsi, la CFDT devient le « parti pris de la solidarité », exhorte à la contractualisation contre la loi, se défie fortement de la gauche politique, demande la disparition de l’état régulateur au nom des « acteurs sociaux ». On ne peut saisir cette démarche si on ne considère pas l’héritage anti-étatique de cette organisation et sa croyance absolue dans la « société civile », la prétention n’est pas seulement de nier le politique, elle est de faire du syndicalisme le seul acteur légitime de la transformation sociale, anarcho-libéralisme ou néo-corporatisme ?.
Ce retour aux principes d’action de la CFTC des années 20 dans un contexte de renforcement du pouvoir du capital provoque une grave crise dans ses rangs et une scission cassant en deux la deuxième gauche syndicale.
3/le « consensus » comme pratique du pouvoir d’Etat
Le troisième exemple est le plus politique, il est la théorisation du « consensus » par Michel Rocard, premier ministre de 1988 à 1991. Ce consensus n’est pas le compromis des réformistes syndicaux et socialistes puisqu’il nie l’existence de vrais clivages et la nécessité du rapport de force. Il est une croyance abstraite en la possibilité  de mettre d’accord des forces sociales à « froid ». Cette conception s’appuie sur la possibilité de faire appel chez chacun au bon sens et à l’intérêt commun, c’est une rupture complète avec la lecture de la société conflictuelle qu’était celle de la Deuxième Gauche pour rejoindre une conception de la société plus très éloignée du centre-droit de l’époque.
Aujourd’hui, la Deuxième Gauche politique est en miette, au PS comme ailleurs, on en retrouve des traces dans tout l’éventail de la Gauche, seuls les Verts pouvant y être rattachés avec certitude.


La Deuxième Gauche n’est plus organisée politiquement aujourd’hui et si bien des idées qu’elle a portées sont encore en vogue, l’élan néo-conservateur actuel semble en voie d’absorber ses tenants les plus droitiers pour repousser vers une lecture plus traditionnelle du clivage Droite-Gauche ceux qui refusent la confusion.
Malgré ses graves dérives et sa responsabilité écrasante dans l’affaiblissement idéologique de la gauche face aux libéraux, l’héritage ne peut être négligé, quitte à pousser l’inventaire un peu loin.
Certes, dans un monde libéral, individualiste et communautariste comme le nôtre, l’obsession anti-autoritaire et anti-étatique paraît fort désuète. Il faut pourtant mettre en regard cette inclinaison de tempérament avec ce qu’a été le terrorisme intellectuel du pseudo-marxisme pathologique de la première gauche française, de son conservatisme sociétal, de sa pratique cynique du pouvoir d’Etat.
Si l’histoire de la Deuxième gauche a une chose a nous apprendre c’est qu’il est juste de ne pas croire au tout politique, de s’appuyer sur un mouvement social sain et non instrumentalisé, d’accepter la conflictualité au sein des forces progressistes, politique, associative et syndicale mais ce qu’elle nous a aussi montré c’est que la négation de la spécificité du politique, la haine de l’Etat, la croyance aveugle de la société en mouvement pour elle-même casse le sens même du militantisme progressiste.
Finalement, première et deuxième gauche seront mortes de leur propre radicalisation laissant un champ d’action très large  au néo-libéralisme, il est sans doute temps de créer une nouvelle synthèse entre les apports féconds des deux traditions afin de reconstruire l’espoir du progrès social mais cela c’est une autre histoire…

Guillaume Balas, le 1er Octobre 2007
par Réinventer la gauche
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Lundi 8 octobre 2007
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par Réinventer la gauche
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Lundi 8 octobre 2007

17435284-p.jpgLa redistribution des richesses est un puissant moteur de la pensée socialiste, symbole des outils que nous souhaitons mettre en œuvre pour parvenir à une société juste. Système fiscal, prélèvements sociaux, prestations et minima sociaux, services publics sont les instruments de redistribution illustrant le modèle social que nous souhaitons défendre.

Cette idée de redistribution est pourtant, aujourd’hui, malmenée de toute part.

Malmenée par la droite : que l’on pense aux injustices du paquet fiscal adopté en juillet dernier, à la logique du « travailler plus pour gagner plus » ou à la perspective de privatiser une partie de la protection sociale liée à la dépendance. Malmenée par la gauche, aussi, quand certains stigmatisent « l’assistanat » ou considèrent les cotisations sociales patronales, source de financement de la Sécu, comme une variable d’ajustement dont on peut autoriser les entreprises à s’exonérer…

Malmenée par les faits : notre système redistributif, confronté à la hausse des inégalités, est considéré comme cher, complexe et pire, comme ayant échoué. Détourné de son objet principal, manipulé dans tous les sens, il a perdu toute crédibilité. Et la question peut être posée : existe-t’il encore une redistribution des richesses en France ?

Sur ces questions, nous avons aujourd’hui un temps de retard. Nous devons désormais nous battre non plus seulement pour améliorer les outils de la redistribution, mais également, pour justifier de leur pertinence. Pour les socialistes aujourd’hui, le danger est double : rester dans le slogan sans réels débouchés politiques d’un côté ; proposer réforme sur réforme, sans réelle cohérence.

L’enjeu est considérable : faire évoluer les outils de redistribution dans un univers éloigné de celui de l’après-guerre afin d’assurer leur financement et leur objectif de progrès social.  

Repenser la redistribution en France, c’est tout d’abord démontrer et rappeler qu’elle est la condition du progrès et de la mobilité sociale, et donc de l’efficacité économique, qu’elle est l’ennemie d’une société de rentiers, qu’elle est au service de la croissance partagée par tous, et que son sacrifice sous couvert de compétitivité est un calcul de courte vue, celui qui masque le sacrifice des plus petits quand les puissants restent à l’abri.  Dans un monde qui s’enrichit, dans un pays qui s’enrichit, le creusement des inégalités ne saurait être une fatalité. Il est bien plus le fruit de la privatisation des profits par quelques uns que la conséquence inéluctable d’un phénomène économique que nous ne saurions enrayer.

Mais repenser la redistribution en France, c’est également trancher certains débats : souhaitons nous la contribution de tous à son financement selon ses revenus quelle qu’en soit la source et l’accès de tous aux mêmes conditions ? Souhaitons-nous une redistribution basée sur de faibles prélèvements mais sur un accès aux outils en fonction des revenus ? Quelle place de l’Etat souhaitons-nous ? Comment voulons-nous repenser l’articulation entre le financement assurantiel, par les cotisations sociales, et le financement par l’impôt ? Quel cadre européen souhaitons-nous ?

Nous voyons les risques d’un modèle d’organisation  qui différencie les citoyens entre eux, logique déjà à l’œuvre et qui mine la redistribution elle-même. Nous restons fortement attachés à l’idée, au contraire, d’un modèle qui met les citoyens sur un pied d’égalité, seule garant d’une véritable redistribution et du pacte social qui l’accompagne. Mais ces affirmations ne peuvent suffire.

Nous souhaitons tous aujourd’hui « réhabiliter l’impôt ». Mais comment ? Les classes moyennes sont aujourd’hui facilement convaincues qu’elles sont prises dans l’étau d’un Etat qui les taxe sans les protéger, sans leur offrir de rétribution à leur contribution. Les chômeurs, eux, se voient expliquer qu’ils ne trouvent pas de travail car il est trop cher. Où en est notre réflexion sur l’impôt négatif et la Prime pour l’Emploi ? Que pensons-nous du Revenu Social d’Activité ?

Notre réflexion sur la réforme des retraites est au point mort. Car appeler à la prise en compte de la pénibilité ne suffira pas à régler le déséquilibre des comtes sociaux…

Comment faire évoluer le financement de notre système de protection sociale ? Depuis l’après guerre, le système, construit sur une distinction entre taxation des revenus pour financer la collectivité et taxation du travail pour financer la solidarité, a évolué sans pour autant garantir son financement.

Et il ne s’agit que de quelques uns des questions… il en va du futur de notre société, nous n’avons plus le temps de colmater les failles, et seuls les socialistes peuvent et doivent trouver les débouchés politiques à ces questions !

 

 

par Réinventer la gauche publié dans : Atelier 1 : Redistribution des richesses
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Lundi 8 octobre 2007
17435176-p-copie-1.jpg« Comment reconquérir le vivre ensemble dans une société qui fait primer l’individu sur le tout ? »

Emmanuelle Prouet – Olivier Daronnat

Lors des deux dernières campagnes présidentielles, le parti socialiste a semblé redécouvrir l’individu, comme s’il l’avait étonnamment négligé depuis trop longtemps.
Avec la désagrégation ces dernières décennies des utopies collectives tel que le socialisme, mais aussi dans une certaine mesure le patriotisme républicain, se sont en effet imposées des valeurs plus prosaïques, marchandes et individualistes, que l’on peut résumer sous l'étiquette de "libéralisme".
Depuis la Libération, les rapports entre individu et collectif ont indéniablement évolué mais c’est moins l’individualisme qui a émergé que le collectif qui a reculé.

Face à ces évolutions, le modèle social-démocrate s’est épuisé en Europe et n’a pas su prendre en compte cette mutation. Alors que le continent n’a jamais été aussi riche, le chômage persiste et dure depuis 30 ans. Partout des Européens s’interrogent sur leurs valeurs et leurs identités tandis que les démocraties nationales se dessaisissent au profit d’une Union européenne si peu démocratique. Dans la même période le capitalisme financier continue à se mondialiser ôtant la possibilité aux salariés de se défendre. La social-démocratie européenne a souvent accompagné ces processus, gérant « au mieux » l’existant, renonçant en fait à bâtir de nouveaux projets collectifs au-delà du cadre libéral.

En France, le bilan des années de pouvoir socialiste - certes incomparable avec celui de la droite au pouvoir- n’a pas non plus réussi à combattre efficacement les inégalités sociales et territoriales. Cette impuissance dans l’action s’est doublée d’une absence totale de réflexion. La gauche a donc cessé d’être crédible, ce qui a encouragé les citoyens à se détourner d’elle lors des scrutins nationaux. Pire encore, la gauche a cru être convaincante en adaptant son projet aux strictes demandes individuelles et en faisant sienne les critiques libérales contre les solidarités collectives qui persistent.

L’enjeu est donc aujourd’hui de reconstruire les bases d’un projet collectif mu par l’utopie d’une société solidaire et juste, dans laquelle justement chacun peut s’épanouir individuellement, selon ses choix personnels et dans le respect du cadre collectif. Or pour permettre cette émancipation individuelle de tous, il y a des préalables : celui de la justice sociale et de l’égalité. Ce sont les conditions pour permettre à chacun, quelle que soit son origine ou sa situation sociale d’accéder à ces libertés individuelles.

Commençons par reconstruire notre projet collectif et le débat sur les valeurs et la place de l’individu trouvera naturellement son sens et son débouché !

Nous avons donc choisi de débuter cette réflexion par le regard croisé de deux intervenants qui nous feront part de leur expérience et de leur analyse dans deux domaines différents.
Mohamed Mechmache, président d’AC le Feu décrira l’émergence citoyenne de ce collectif qui a été créée après la révolte de novembre 2005.
Eric Polian, spécialiste des conditions de travail dans les entreprises, nous montrera comment la désintégration du collectif dans le travail entraîne la montée de la souffrance des travailleurs.


par Réinventer la gauche publié dans : Atelier 2 : Individualisme et vivre ensemble
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Lundi 8 octobre 2007
17435431-p.jpgAtelier n° 3 : Réinventer le Parti socialiste
Responsables : Jeanne Bot - Bastien Recher
Intervenante : Barbara Romagnan, Secrétaire nationale du PS à la rénovation

Le Parti socialiste vient de perdre sa troisième élection présidentielle consécutive. Et si sa défaite n'est pas simplement le résultat de ses dysfonctionnements internes, on ne peut nier qu'ils aient pu y jouer un rôle.
Aujourd'hui, la nécessaire refondation de la gauche et du Parti socialiste ne peut se faire sans l'économie d'une profonde réflexion sur le fonctionnement collectif des socialistes. L'enjeu est bien de réinventer la démocratie interne au PS.
Le Parti doit être un outil pour refonder collectivement les idées et les pratiques de la gauche. Il doit permettre de recréer une possibilité de rassemblement de la gauche autour de projets politiques communs pour les élections à venir. Il doit aussi pouvoir s'opposer de façon dynamique aux réformes de la droite et reconquérir les électorats perdus lors des élections présidentielles.
Il existe aujourd'hui un consensus assez large pour critiquer le Parti socialiste tel qu'il est et pour le changer en profondeur. Changer le PS, c'est proposer une nouvelle perspective à la gauche entière. L'enjeu est de taille. Et aujourd'hui, il est parfois cocasse de voir les principaux artisans des réflexes conservateurs vouloir être tous les champions de la rénovation.

Il existe plusieurs façons de rénover le parti et plusieurs visions de la démocratie interne. La plus en vogue en ce moment consiste à décrier les courants et à essayer de faire croire aux militants que pour gagner avec le régime présidentialiste de la Ve République et avec des modes de scrutins majoritaires, il faut conformer le parti à ces normes et à ces règles. L'évolution vers le parti démocrate américain n'est pas loin et cache mal, le plus souvent, un alignement idéologique sur les positions les plus libérales. Quand rénovation rime simplement avec « droitisation »…
Faut-il rappeler que les socialistes sont opposés à la présidentialisation du régime et qu’ils défendent une VIe République parlementaire fondée en partie sur la représentation proportionnelle ? Nous avons tout à gagner à être constants dans nos propositions institutionnelles, même après la défaite des dernières présidentielles.
Le risque est bien aussi d’appauvrir la réflexion idéologique du PS en lui donnant une règle majoritaire qui aligne les scrutins internes sur les enjeux de personnes et d’investitures. Le Parti socialiste doit rester un lieu de débat ouvert et de construction collective de sa ligne. Pour des socialistes, faire de la politique ne peut se résumer à  simplement récolter de l'argent pour les campagnes et à supporter un leader charismatique.
Pour autant, les socialistes doivent, dans le même temps, tendre vers plus de cohérence dans leur expression publique : il n’est pas normal que les positions officielles du Parti soient trop souvent contredites par des interventions médiatiques de dirigeants peu responsables.

Réinventer le PS, c'est rénover les idées, et c’est aussi changer les pratiques. Il faut redonner tout son sens à la démocratie interne et instaurer une logique de la responsabilité de tous ses dirigeants, du niveau local au niveau national, devant tous les militants.
Ce dont les socialistes ont besoin, ce n’est pas de s’aligner derrière un ou une dirigeante qui en échange d’une promesse de victoire électorale confisquerait tout pouvoir de décider des orientations du parti, mais bien de s’approprier leur parti pour donner un sens à leur militantisme. Plusieurs pistes peuvent être développées :
-    La préparation des congrès doit être repensée, afin qu'ils permettent réellement l’élaboration collective de la ligne du parti.
-    Le rôle des courants doit être reconsidéré : garants du débat d’idées, ils doivent évoluer pour faire vivre le Parti entre les congrès, travailler à faciliter les convergences et à ne pas créer de divergences artificielles qui cachent souvent mal les ambitions personnelles.
-    Le Parti doit se mettre au travail, des militants aux dirigeants, ces derniers ayant, en plus, la responsabilité de produire pour le Parti. Pour cela, le Conseil national du Parti doit devenir un véritable parlement et le Bureau national, un véritable gouvernement proposant des orientations communes.
-    Il faut aussi réfléchir à réformer le fonctionnement des commissions thématiques nationales et fédérales qui doivent non seulement s'ouvrir à tous les militants mais aussi pouvoir proposer des orientations à la direction du Parti.
-    Le chantier de la rénovation du PSE ne peut, par ailleurs, être oublié, et notre Parti, pour s’ouvrir sur l’Europe, doit œuvrer pour développer le dialogue entre militants socialistes européens.
Conjointement, le Parti socialiste doit repenser son mode d’expression externe et ses formes de militantisme. Les dernières campagnes ont montré l’importance des nouvelles technologies et des formes alternatives de mobilisation.

Par ailleurs, les socialistes sont face à un défi majeur : affronter sans concession la question du renouvellement des dirigeants et donc la question institutionnelle du cumul des mandats internes et externes. C’est aussi la seule façon d’éviter de subir la honte des pratiques douteuses induite par la « notabilisation » locale du Parti. Il est de notoriété publique que certaines grosses fédérations du PS n’ont que faire de la démocratie militante. Elles portent même gravement atteinte au Parti lorsque leurs responsables annoncent publiquement les résultats des consultations internes… avant même qu’elles aient eu lieu.
Tout cela n’a de sens que si le Parti socialiste refonde profondément son approche de la formation des militants et des responsables. L’afflux des nouveaux adhérents rend indispensable cette démarche.

Enfin, le Parti socialiste doit s’ouvrir sur la société française et mieux représenter les classes moyennes et les classes populaires. Il ne peut laisser à l’écart la jeunesse des banlieues mais doit au contraire en accueillir les représentants et se faire le porte-parole de la lutte contre les inégalités nouvelles. Et même si les efforts se sont accentués récemment, les socialistes doivent donc réfléchir à faire vivre la diversité et la parité dans un cadre laïc et républicain. Il faudra aussi renouveler les approches sur la question des relais syndicaux et associatifs.

Le chantier est vaste, gigantesque même, mais il est à la hauteur de l’engagement des 250 000 socialistes français.
 
par Réinventer la gauche publié dans : Atelier 3 : Réinventer le PS
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Lundi 8 octobre 2007
Voir ci-dessous la contribution d'un camarade du Val-d'Oise, Frédéric Faravel :

http://resistances95.over-blog.com/article-12521071.html


par Réinventer la gauche publié dans : Atelier 3 : Réinventer le PS
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Dimanche 7 octobre 2007
17435060-p-copie-2.jpgAprès la défaite de mai dernier, les représentants parisiens du NPS dans les instances fédérales ont rédigé un texte d'analyse sur la défaite de la gauche et les pistes de reconstruction :


" Réinventer la Gauche

La défaite est lourde, la défaite est triste. Ce texte répond à un besoin immédiat d’exprimer notre envie de comprendre. Il n’a la seule ambition que d’être une première contribution à la  nécessaire réflexion collective qui nous attend bientôt. Il ne veut s’en prendre à  personne si ce n’est à nous tous : comment avons-nous pu perdre cette élection présidentielle ? Comment avons-nous pu laisser Sarkozy devenir président après cinq années de gouvernement de droite très impopulaire ? Comment avons-nous laissé échapper la victoire après tant de mouvements sociaux et d’élections intermédiaires gagnées ? Le bilan de la campagne présidentielle devra être fait mais nous savons que notre échec vient de plus loin, qu’il a des causes structurelles, qu’il est l’aboutissement d’un lent recul politique et culturel face aux libéraux. La gauche ne doit pas dire « charge sociale » mais « cotisation », elle ne doit plus avoir peur d’affirmer ses valeurs d’égalité quand en face on s’assume parfaitement, elle doit reconquérir les cœurs mais surtout les têtes. "

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Cette démarche s'est poursuivie avec l'organisation d'une journée de réflexion le 22 septembre dernier à Paris à laquelle étaient associés tous les militants NPS d'Ile-de-France :

Voir le programme de la journée

Aujourd'hui, le travail des ateliers se poursuit à travers des réunions, des contributions militantes et la participation de chacun à ce blog. Chaque atelier se transforme donc en "catégorie" du site et vous pouvez ainsi consulter les derniers travaux et les annonces de réunion directement.

A bientôt donc sur le blog ou ailleurs !

par Réinventer la gauche
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