Jeudi 28 février 2008

goutte-eau.jpgL'eau est un bien public, qui doit être géré publiquement. Il faut que l'eau parisienne soit désormais l'apanage d'une régie municipale, au service des parisiens.

Depuis des années, la sonnette d'alarme a été tirée à plusieurs reprises. Dernièrement, c'est "l'UFC - Que choisir" qui a dénoncé les prix "souvent très abusifs" de l'eau dans les grandes agglomérations françaises et épinglé en particulier les bénéfices faramineux des deux grandes entreprises privées de gestion et de distribution de l'eau, Veolia et Suez.

Un bien trop cher

Car les faits sont là : on ne compte plus les agglomérations qui s'aperçoivent combien l'eau leur coûte cher, et coûte cher aux habitants, du seul fait qu'elle a été confiée à des concessionnaires privés. Les élus ont certes eu leur part de responsabilité : pendant des années, certains d'entre eux ont consenti, par faiblesse ou compromission, des conditions particulièrement avantageuses à ces compagnies, leur permettant de faire de très confortables bénéfices à la faveur de concessions parfois impossibles à réviser pendant 20 ou 30 ans. Aujourd'hui encore, beaucoup de collectivités qui ont délégué la gestion de l'eau manquent de l'expertise nécessaire pour exercer un contrôle vigilant sur les concessionnaires. Et quand elles décident ou peuvent faire ces contrôles, elles s'aperçoivent à quel point elles ont été abusées.

Quand l'année dernière, la Communauté Urbaine de Bordeaux a décidé de ne plus se contenter des comptes-rendus officiels de la Lyonnaise des Eaux, mais d'aller vérifier sur pièce la réalité de sa comptabilité, elle s'est ainsi aperçue que des astuces comptables lui avait permis de dissimuler une partie de son chiffre d’affaires : entre 1993 et 2005, ce dernier a été supérieur de 29 millions d’euros aux prévisions du contrat. De même La CU de Lyon vient d'obtenir de Veolia une baisse de 16 % du prix de l'eau, ce qui donne une idée des marges réalisées auparavant. Dernier chiffre, récemment avancé par l'UFC : les 4 millions d'usagers du Syndicat des Eaux d'Ile-de-France, dont la gestion est concédée à Veolia, paient 1,60 euros le mètre cube d'eau, alors que le coût de ce service est estimé à 0,62 euro.

La gestion de l'eau n'est pas gratuite, elle est même chère, notamment pour respecter des normes d'hygiène de plus en plus strictes. Mais la gestion privée de l'eau est encore plus chère. D'un côté on a donc des entreprises privées florissantes, de l'autre des consommateurs qui payent directement au robinet cette bonne santé financière.

Pour une nouvelle organisation du service public de l'eau

A Paris, nous avons une opportunité : les concessions de Veolia et Suez, chargés par délégation de service public de la distribution de l'eau dans la capitale (la production et le transport étant assurés par la société Eau de Paris, SEM de la Ville) arrivent à échéance fin 2009 et fin 2011. C'est une occasion sans pareil de réfléchir librement sur la future organisation de ce service public de l'eau et d'opérer des choix volontaires.

Bertrand Delanoë a déjà pris un engagement : confier à un opérateur public unique la responsabilité de la chaîne du cycle de l'eau, de la production à la distribution". Cet opérateur unique prendrait la forme d'une régie municipale à autonomie financière, qui serait soumise à des obligations contractuelles précises quant à la qualité du service et à la maîtrise de ses coûts, avec pour objectif la stabilité du prix de l'eau pendant la prochaine mandature.

Aujourd'hui, les Parisiens paient leur eau 2,71 euro le m3 TTC. Ce tarif n'est pas, de loin, le plus cher de France : il nous situe même dans une fourchette basse de la moyenne nationale. Il est même 1 euro moins cher que le prix facturé par le SEDIF pour les autres Franciliens.

Mais nous devons favoriser une gestion publique de l'eau. C'est une question de principe : l'eau n'est pas un bien comme les autres et doit échapper autant que possible aux logiques marchandes. C'est un enjeu économique : à l'heure ou le pouvoir d'achat des Français est en berne, la modération des tarifs des biens essentiels est une priorité. C'est enfin un enjeu de justice sociale : le prix de l'eau, et sa consommation, étant le même pour tout le monde, sa hausse pénalise toujours les plus modestes, d'où la nécessité de maintenir la stabilité du prix et la qualité du service pour tous.

Qui mieux que le public peu relever ces défis ?

Nicolas Braemer

par Réinventer la gauche
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Mercredi 27 février 2008
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Télécharger ici le nouveau numéro de la lettre du NPS 75 :


par Réinventer la gauche
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Jeudi 21 février 2008

lemondefr_grd-copie-3.gifSous les ors du palais présidentiel, une conférence de presse est convoquée. Devant un parterre d’élus, de représentants associatifs et de journalistes, le président de la République égrène les mesures de son "plan Marshall pour les banlieues". Un "plan Marshall" d’un genre inédit d’ailleurs : sans argent. Tant pis pour la rigueur de la référence historique, l’important étant sans doute cet effet d’annonce à moindre coût.

Lors de ce grand raout élyséen, on apprend notamment que, à condition de "se lever tôt le matin", on pourra "mériter la confiance de l’Etat". Quelques mauvaises langues pourraient faire remarquer que la confiance ça ne coûte pas non plus très cher et que nos banlieues ont besoin d’une intervention plus matérielle de la puissance publique. Mais ne nous laissons pas aller au scepticisme et à la médisance. Peut-être que les choses vont changer dans le bon sens. Par exemple en assurant aux habitants des quartiers un meilleur accès aux services publics. C’est ce qu’a promis le président. Certes, là aussi, aucun moyen spécifique n’est envisagé - on ne parle que de redéploiement - mais, enfin, il faut bien reconnaître que l’accent est mis sur un problème crucial.
Vendredi 8 février. Le même jour dans un cadre tout à fait différent : la salle des professeurs de la cité scolaire Henri-Wallon d’Aubervilliers. J’y enseigne l’histoire et la géographie depuis de nombreuses années. Avec 47 % d’élèves boursiers, l’établissement est classé en zone prévention violence. Il est certainement très représentatif des difficultés des quartiers dont on parle au même moment devant la presse française et internationale. Les enseignants qui sont présents se sont levés tôt pour être à 8 heures du matin devant des élèves qui, eux aussi, se lèvent tôt.
Eh bien, c’est ce même jour que nous apprenons les réductions de moyens que l’Etat souhaite imposer à notre établissement, comme à tous ceux de l’académie de Créteil, à la rentrée 2008. Quatorze postes d’enseignants (douze au lycée et deux au collège) et sept classes (six au lycée et une au collège) sont menacés d’être supprimés. Au total, 637 postes sont menacés sur l’ensemble de l’académie.
Grève reconductible
Les conséquences sont multiples : les élèves de terminale ne pourront plus redoubler faute de places, toutes les classes compteront au moins 35 élèves, les "classes à projet", créées pour les élèves en difficultés seront supprimées, les dédoublements dans les classes de langues vivantes disparaîtront... Comme, de surcroît, la carte scolaire est condamnée, les élèves qui en ont la possibilité ne pensent plus qu’à fuir le lycée. Tant pis pour ceux qui resteront. Et pour leurs professeurs que l’on voudrait confiner dans un rôle de garderie en renonçant à toute ambition pour leurs élèves.
De l’Elysée à Aubervilliers, il y a bien un monde. Celui qui sépare le virtuel du réel. Face à une telle schizophrénie, l’indignation est forte. Elle justifie notre décision de nous mettre en grève reconductible jusqu’à ce que le rectorat revienne à des positions plus raisonnables. Elle m’interroge aussi sur mon métier. En plus de l’histoire et de la géographie, je suis aussi censé enseigner l’éducation civique. Je dois y parler de l’égalité en droit, de la solidarité dont l’Etat doit être le garant. Je dois assurer que la puissance publique joue son rôle pour que chacun ait sa chance dans une société française ouverte et riche de ses différences... Dur métier.
par Réinventer la gauche
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Lundi 18 février 2008

Beno-t.jpgRobert Chaouad : Très présent dans les discours et les commentaires politiques, notamment en période électorale, le thème de la modernité en politique semble avoir changé de sens ou, du moins, d’incarnation.

Benoît Hamon : On a assisté, effectivement, à droite comme à gauche, a une appropriation du thème de la modernité par les deux principaux leaders politiques de la dernière campagne électorale présidentielle. Ce thème de la modernité est ainsi apparu comme la marque de leur pratique du pouvoir et de leurs orientations, l’un comme l’autre souhaitant incarner, à sa manière, cette modernité. Or, Nicolas Sarkozy développe une vision qui tend plus à restaurer ou à enraciner la hiérarchie sociale, à rétablir les privilèges, à remettre en cause le principe de redistribution et tous les mécanismes modernes de luttes contre les inégalités (la sécurité sociale, l’impôt, l’Etat, etc.), un retour à une société d’avant la période des Trente Glorieuses en somme ; quant à Ségolène Royal, chez elle, la modernité, à bien des égards, renvoie à l’abandon de ce qu’était la capacité ou la volonté de la gauche à tordre et à inverser les rapports de force.
 
RC : Dès lors, comment définiriez-vous, aujourd’hui, la modernité en politique ?
 
BH : Si l’on considère que la modernité est en soi une forme de rupture avec les dogmes ou les cadres de pensée traditionnels, et si, en plus, on constate que ces cadres imposent des concepts et des solutions dont la mise en oeuvre se révèle être un échec, alors la modernité devrait correspondre à une rupture avec ces cadres-là. La première rupture que la gauche française et européenne devrait mettre en oeuvre, assumer et décliner, c’est celle-là, c’est la rupture avec toute la doctrine économique qui domine, aujourd’hui, le débat européen, qu’il s’agisse des débats politiques à l’intérieur des Etats membres ou au sein de l’Union européenne. Quelle est cette doctrine économique ? Elle se fonde, notamment, sur le primat du consommateur sur le salarié et du consommateur sur le citoyen. J’entends par là que toute la doctrine économique de l’UE parie sur le rétablissement de la compétitivité des économies européennes par la baisse des prix et non pas par l’amélioration de la productivité, c’est-à-dire par l’investissement dans la recherche, le développement, l’éducation et la formation. Or, aujourd’hui, le présupposé de cette doctrine est que la mise en concurrence des acteurs travaille aux intérêts des consommateurs puisqu’elle stimule une concurrence qui favoriserait la baisse des prix. Dès lors que l’on parie exclusivement là-dessus, on assiste, au sein des Etats membres de l’UE, à la mise en place de politiques qui encouragent la baisse des prix et qui, parallèlement, encouragent la modération salariale, favorisent des disciplines budgétaires strictes et donc pénalisent les investissements qui pourraient être fait par les Etats membres. Conséquence de quoi, les citoyens, pour que leur pouvoir d’achat augmente, sont encouragés à consommer en stimulant une concurrence par la baisse des prix et en cherchant les prix les plus bas. Or, en choisissant les prix les plus bas, et donc en stimulant cette concurrence, cela conduit les entreprises à devoir baisser leur coût de production, et pour ce faire à jouer sur la variable d’ajustement sur laquelle il est le plus simple de jouer aujourd’hui, à savoir le coût du travail.
 
On en arrive donc, et c’est la théorie que je défends, avec d’autres, à faire du consommateur l’artisan de la remise en cause de ses propres droits de salarié et de ses propres intérêts de citoyen. Ainsi, je constate qu’il y a une contradiction absolue à voir que c’est le même gouvernement qui prétend investir sur le long terme avec le Grenelle de l’environnement et qui, dans le même temps, revendique le fait que  la France est en retard sur le low cost et devrait mieux se positionner en la matière. Or, le low cost est en contradiction directe à la fois avec ce que devraient être les investissements nécessaires pour assurer la protection de l’environnement et, surtout, cela pousse le consommateur à faire un choix qui remet en cause son propre intérêt de salarié puisque ce choix pousse à la baisse du coût du travail. Je crois, ainsi, que cette doctrine économique, qui désosse méthodiquement tous les modèles sociaux nationaux et qui pousse à des choix politiques qui se détournent des investissements favorables à la protection de l’environnement, eh bien, ce choix de politique économique est le choix avec lequel on devrait rompre. Et la modernité, pour le coup, c’est celle qui s’attaque à ce qu’est la répartition primaire des revenus entre le capital et le travail, entre les profits et les salaires, et celle qui réhabilite l’impôt. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis favorable à la création d’un grand impôt universel qui prenne en charge l’ensemble des prestations universelles (assurance maladie, politique familiale, dépenses publiques, éducation, etc.), qu’on change aussi la principale cotisation qui pèse sur les entreprises et qu’on l’élargisse à la valeur ajoutée. Et donc, en tout cas, qu’on réarme la politique en redonnant, par l’impôt, des moyens d’action à la puissance publique. Ce qu’elle n’a plus. Dans une société prompte à exalter en permanence les devoirs en contrepartie des droits, on oublie que le principal des devoirs qu’acquitte n’importe quel citoyen, c’est justement l’impôt. Et je trouve invraisemblable que l’impôt soit à ce point discrédité aujourd’hui, alors qu’il est l’instrument qui permet, par la construction de biens publics universels, par la construction de services publics, par la mise en oeuvre d’une protection sociale, de lutter contre les inégalités. Il s’agit là d’un point sur lequel, comme think tank, La Forge entend travailler. 

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par Réinventer la gauche
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Dimanche 3 février 2008

guillaume.jpgDepuis notre réunion francilienne du 22 septembre, tous les socialistes parisiens ont été très pris par la campagne des municipales et la construction d’une nouvelle ambition pour Paris autour de Bertrand Delanoë. Nous avons pris notre part, notamment, dans la préparation du programme pour les municipales des 9 et 16 mars, en laissant un peu de côté la réflexion générale et nationale. 

Aujourd’hui, on peut constater que l’enjeu des municipales ne se résume pas à une addition d’enjeux locaux : les socialistes doivent aussi s’employer à construire à gauche les réponses aux crises qui frappent notre pays.
Crise économique d’abord, marquée par les scandales, subprimes ou Société générale, qui montrent que la spéculation financière qui accompagne la mondialisation néolibérale se fait au détriment de l’économie réelle. Dans ce contexte, la politique de classes de Sarkozy qui multiplie les cadeaux fiscaux aux riches épargnants, ne permettra pas de relancer la croissance par l’investissement dans la recherche, la formation, la productivité…
Crise sociale ensuite, avec une droite élue sur la question du pouvoir d’achat et qui doit bien aujourd’hui avouer qu’elle ne compte pas se donner les moyens de redonner aux Français les plus pauvres les moyens de lutter contre la « vie chère ».
Crise morale enfin, que l’on regarde le nouveau président de la République mettre en scène sa vie privée ou que l’on contemple le spectacle désolant des débauchages de la soi-disant « ouverture ». 
 
La première réponse aux crises, nous la porterons aux côtés de tous les socialistes et de leurs alliés à gauche lors des municipales : candidats ou militants, nous avons bien conscience de l’importance de sanctionner la droite et de redonner de l’espoir aux classes populaires et aux classes moyennes qui se désespèrent de la gauche en apportant des solutions concrètes.
La deuxième réponse n’est pas la moins ambitieuse : nous devons poursuivre le travail entamé le 22 septembre pour reconstruire la gauche et le Parti socialiste.
Cette newsletter est là pour rappeler que le site
www.réinventerlagauche.over-blog.com nous servira d’espace de liaisons et d’échanges pour les mois qui viennent. Nourrissez-le de vos commentaires, de vos contributions !
Prochainement, un nouveau journal prendra la succession de Haut et fort pour présenter le travail du NPS dans les instances et vous proposer des interviews et des analyses, en lien avec les mouvements sociaux.
 
D’ici là, bonne campagne à tous !

 Guillaume Balas, conseiller régional et mandataire du NPS à Paris

 

par Réinventer la gauche
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Samedi 2 février 2008

pascal.jpgPascal Cherki

 
Les indices des principales bourses mondiales chutent ce mardi 15 janvier 2008 redoutant une récession aux Etats-Unis. L’indice Dow Jones a perdu en deux jours l’ensemble de ses gains annuel de 2007. Cette situation fait dire à Alan Greenspan - ancien président de la FED (la banque centrale américaine) - que si l’économie américaine n’était pas encore entrée en récession "tous les symptômes sont là". En juillet 2007 sur son blog notre camarade Pascal Cherki analysait déjà la situation créée par les subprimes aux Etats-Unis et les mécanismes qui nous conduisaient vers une crise majeure. A l’heure de la crise nous vous proposons la relecture de cette analyse d’une ardente actualité.
 

L’économie américaine est-elle à la veille d’une crise majeure d’une ampleur comparable à celle qu’elle a connue en 1929 ? La question est moins iconoclaste qu’il y paraît à première vue.

Tout d’abord, il n’est pas interdit de se souvenir que le crash de 1929 avait été précédé d’une période d’euphorie spéculative boursière sur les nouvelles technologies de l’époque qu’étaient l’automobile, les nouveaux médias de communications comme la radio ou le cinéma. Bien sûr les leçons de la crise de 1929 ont été partiellement retenues. Notamment la faute commise par le gouvernement américain qui avait plongé le pays dans la récession par une politique monétaire restrictive qui avait asséché l’offre de crédit et amplifié la crise bancaire.

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Le blog de Pascal Cherki
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Lundi 28 janvier 2008

21411123_p.pngLe jeudi 24 janvier, Benoit Hamon et Noël Mamère ont présenté la contre expertise du rapport Attali proposée par la Forge avant de donner la parole aux économistes invités : Liem Hoang Ngoc, Philippe Moati, Jean-Marie Monnier et Guillaume Duval.

AVANT PROPOS : 40 EXPERTS FONT-ILS LE CONSENSUS ?

Il existe aujourd’hui une tendance lourde qui vise à soustraire des sujets toujours plus nombreux à l’examen critique, au crible du débat contradictoire et à conclure à l’archaïsme du clivage gauche/droite.

On finit par se convaincre qu’il existe une réalité objective, décrite par ceux qui savent, les experts. Conséquence de ce « diagnostic unanime », les solutions (les politiques) peuvent différer sur le dosage ou le rythme, pas sur leur nature.

En 250 pages et plus de 300 propositions, le rapport Attali énumère sans hiérarchie véritable, souvent des poncifs, quelquefois de solides préjugés idéologiques, mais parfois aussi des mesures utiles. Ce bloc où selon son architecte principal « tout se tient », décrit-il la seule politique efficace possible ou une option parmi plusieurs ?

Le rapport Attali doit être lu pour ce qu’il est : un rapport politique, un parti pris évident en faveur des recettes libérales classiques. Cela le rend-il moins sérieux ? À l’évidence non. Cela le rend-il moins légitime ? À l’évidence oui.

D’autres experts réunis par la Forge font à partir des mêmes chiffes, des constats différents. Ils en déduiront d’autres politiques. Ils proposeront d’autres stratégies. Le champ économique même mondialisé propose des options radicalement différentes au choix des citoyens. Notre rôle est de rappeler par cette contre-expertise que ce choix existe.

Téléchargez la contre-expertise de la Forge

par Réinventer la gauche
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Samedi 20 octobre 2007
Rénovation, c’est incontestablement le mot du jour chez les socialistes. La rénovation idéologique et programmatique est brandie par ceux qui n’ont jamais eu le courage d’assumer leur orientation droitière (ou leur tropisme centriste, comme on voudra) face aux militants. Et la rénovation démocratique, on peut le craindre, est en train de devenir l’outil de ceux qui détiennent déjà le pouvoir dans notre parti, et entendent bien le conserver.

En témoigne la proposition d’introduire une prime majoritaire pour les votes de congrès, proposition statutaire portée depuis peu par François Rebsamen. L’argument qui soutient cette proposition est le suivant : le parti a besoin de statuts qui garantissent des majorités stables. Et l’auteur de cette proposition est donc François Rebsamen, membre de la direction du parti sans interruption depuis 10 ans, au nom d’une majorité dont le score n’est jamais tombé en dessous de 50% dans la même période.

Un regard rétrospectif sur les congrès du Parti socialiste depuis Epinay, en 1971, permet d’ailleurs de faire le constat suivant : en 36 ans et 21 congrès, il n’est arrivé que 3 fois qu’aucune motion ne rassemble pas au moins la moitié des suffrages des militants.

La première à Epinay, mais il paraît logique qu’un congrès de fondation conduise chacun à vouloir évaluer son poids. La deuxième à Metz, en 1979, congrès marqué par l’affrontement Mitterrand - Rocard : il faut tout de même noter que le premier obtenait alors 40% des voix des militants, contre moitié moins pour son concurrent. Et la troisième à Rennes en 1990, terrible congrès où s’ouvrit la succession du Président alors en exercice, sans qu’aucun des héritiers ne parvienne à emporter le magot. Trois fois en plus de trente ans, donc.

Ce dernier épisode mérite qu’on s’y arrête, car c’est avec ce souvenir cuisant à l’esprit que Lionel Jospin, une fois devenu Premier secrétaire, décida de proposer aux militants d’élire désormais au suffrage universel direct leurs responsables. Cette réforme statutaire est évidemment décisive. Car désormais, indépendamment du résultat des motions, le Premier secrétaire, ainsi que les Premiers fédéraux et les secrétaires de sections, tiennent leur légitimité directement des militants, et doivent rassembler au moins la moitié de leurs suffrages.

Une telle réforme rend un nouveau congrès de Rennes impossible, car si le Conseil national et le BN (ainsi que leurs déclinaisons locales) continuent à représenter les motions dans leur diversité, l’élection du Premier secrétaire ne dépend plus « d’accord de couloirs ». Et cette légitimité nouvelle lui permet de faire vivre le Parti.

La question de la stabilité ne se posant plus, qu’est-ce qui peut donc pousser des responsables d’un Parti dont l’orientation est de refuser la présidentialisation, et d’introduire de la proportionnelle dans l’élection du Parlement, à vouloir au contraire introduire du majoritaire dans l’élection de nos instances ?

On peut y voir l’aboutissement d’une logique déjà très présente dans la fameuse « méthode Royal » : toujours privilégier l’expression individuelle sur l’expression collective. Les adhérents doivent être consultés, bien sûr, ils doivent « donner leur avis » sur des forums Internet, ou lors de débats participatifs. Mais surtout, ils ne doivent pas s’organiser pour proposer des orientations alternatives. C’est cette consultation des individus qui doit prendre le pas aussi à l’échelle de la société, plutôt que les formes historiques d’organisation de la gauche, syndicats, associations, etc.

Puisque la société s’individualise, le Parti socialiste doit s’individualiser aussi. Plus qu’une réforme statutaire, c’est donc de révolution philosophique dont on parle.

La deuxième conséquence d’une réforme comme celle-ci découle naturellement de la première. La prime majoritaire est faite pour décourager ceux qui voudraient éventuellement « sortir du rang ». Car si la motion majoritaire dispose, même si sa majorité est relative, d’une prime dans l’attribution des postes dans les instances, les autres motions se verront évidemment réduite à la portion congrue : le message est clair, celui qui voudra se mettre en travers des projets du Premier secrétaire sortant devra être très sûr de lui…

Plus que la garantie de la stabilité des majorités, c’est donc bien plutôt la stabilité de ceux qui sont en place que vise une telle réforme, en rendant beaucoup plus difficile l’expression d’orientations alternatives, ou même d’alternatives tout cour, au sein du parti socialiste. Autrement dit, c’est un véritable putsch statutaire auquel nous risquons d’assister, si tous ceux qui croient encore au débat, et à la capacité du PS de représenter l’ensemble de la gauche réformiste, ne se mobilisent pas.


Julien BOBOT
par Réinventer la gauche publié dans : Atelier 3 : Réinventer le PS
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Jeudi 18 octobre 2007
La redistribution des richesses est un thème malmené et délégitimé par la droite, parfois même par la gauche quand celle-ci cède aux sirènes libérales. Dans un contexte politique où l’on entend parler de fiscalité uniquement pour en souligner un poids soi-disant trop lourd et de Sécurité Sociale pour dénoncer son déficit chronique, nous avons fait le choix de faire de la question de la redistribution des richesses un axe central de nos débats. Face aux volontés affichées de démantèlement de l’Etat Providence, nous ne pouvons nous contenter d’être sur la défensive. Le Parti Socialiste doit d’atteler à repenser son approche des questions de fiscalité et de redistribution. Cet atelier avait ainsi vocation à lancer le débat au sein du NPS d’Ile de France.
Deux intervenants sont venus nous éclairer sur ce sujet et nous apporter des clés de compréhension techniques et politiques nécessaires.
Pierre Concialdi, économiste à l’IRES (Institut de Recherches Economiques et Sociales), membre de l’association ACDC (« Autres Chiffres Du Chômage ») et du Conseil Scientifique d’Attac, auteur du livre « Retraites, on vous ment » aux Editions Mango.
Camille Landais, chercheur à l’Ecole d’Economie de Paris (Paris School of Economics) travaillant sur la fiscalité et les comportements des ménages, rédacteur d’une étude « les hauts revenus en France : une explosion des inégalités ? 1998-2006) .

Intervention de Pierre Concialdi,
Le terme de redistribution fait référence à un système de transferts : répartition de la richesse produite par les entreprises entre les salaires et les profits, mais également entre les individus afin d’atténuer les inégalités.
Ces transferts sont régis par deux paramètres qui ont un impact différent sur les inégalités :
-    le volume de ces transferts (la quantité d’argent transférée)
-    les formes de ces transferts (comment ils sont faits à qui ils sont destinés)
L’analyse de l’évolution de ces deux paramètres depuis vingt-cinq ans est un passage obligé pour une bonne compréhension du fonctionnement actuel de notre système de redistribution.
Depuis les années 1980 est appliquée une politique qui cherche à geler le niveau des prélèvements obligatoires. Ainsi le volume des transferts est resté identique alors que le volume des besoins sociaux a augmenté (vieillissement de la population, chômage, etc). La question qui se pose alors tient de la priorisation des politiques publiques,  puisque l’enveloppe globale à redistribuer évolue peu.
Au niveau des formes de ces transferts, les prélèvements français s’avèrent beaucoup moins progressifs qu’on ne le penserait (seul l’impôt sur le revenu étant réellement progressif).
La création d’un baromètre des inégalités fondé entre autres sur l’emploi, les revenus, l’éducation, la santé, la justice, le logement, etc., appelé BIP 40 (auquel P Concialdi a contribué), a permis de montrer que pendant les vingt cinq dernières années les inégalités n’ont cessé d’augmenter, sans que notre système de redistribution ne change la donne.
Il est intéressant de voir que cet indicateur révèle à quel point les critères de l’INSEE sont incomplets et inefficaces pour rendre compte de la réalité des inégalités aujourd’hui.
Le cas des retraites est très intéressant, ainsi que l’évolution des réformes engagées :
-    1ère réforme en 1993 par Balladur : régime général (public) à hauteur de 60% et régime complémentaire à hauteur de 40%. Il est instructif de savoir que pour un cadre ces pourcentages s’inversent.
-    1er mot d’ordre orientant les réformes engagées : il faut réduire les dépenses, c’est-à-dire limiter le taux de cotisation donc diminuer le niveau de retraite, et suggérer ainsi une prise en charge de la retraite par d’autres organismes tels que les assurances.
-    2ème mot d’ordre : il faut rendre les retraites de plus en plus contributives. A titre d’exemple, avant la réforme de Balladur, on calculait le montant de la retraite sur les 10 meilleures années, après la réforme la base de calcul étaient les 25 meilleures années.
Le système de retraite a ainsi trois niveaux d’impact sur les inégalités :
1-    entre les hauts revenus et les bas revenus :  il est évident que les plus riches ont davantage de possibilités financières de recourir à ces retraites facultatives basées sur une capacité de capitalisation. Les avantages fiscaux notamment sur les assurances-vie et sur l’achat d’un logement, facilitent l’épargne individuelle et donc accentuent immanquablement les inégalités
2-    entre les hommes et les femmes du fait d’une différence de salaire encore et toujours de l’ordre de 20%, écart que l’on retrouve au niveau des retraites
3-    entre les générations

Pour revenir au concept de redistribution des richesses afin d’atténuer les inégalités, il y a une fausse bonne idée qui court et à laquelle il faut tordre impérativement le cou, sous peine de ne faire qu’accentuer les inégalités : le ciblage de la redistribution uniquement vers les personnes qui en ont besoin.(Par ex : exonération du paiement de la franchise, etc, sont exclus de cette réflexion les minima sociaux)
L’adage suivant illustre très bien ce qu’un tel raisonnement entraînerait, et a entraîné en Grande-Bretagne : « les prestations pour les pauvres équivaut à donner de pauvres prestations ». La légitimité de ces prestations ne bénéficiant qu’à une partie de la population est de plus en plus faible : elles sont financées par tous et ne bénéficient par quelques uns et elles en deviennent très limitées. Les pays qui sélectionnent les bénéficiaires de leurs transferts sont ceux avec de plus fortes inégalités.
Il est infiniment préférable de financer des prestations universelles, c’est-à-dire que tout le monde contribue e façon progressive mais qui bénéficient à tout le monde, que de fragmenter et d’isoler les pauvres.
Une autre fausse bonne idée court, celle de l’ « autonomie de la sphère des transferts ». Les interactions entre les transferts et le marché sont indéniables. Par exemple, l’exonération de cotisations sociales sur les bas salaires a pour effet principal sur la sphère des prélèvements de modifier la forme de ceux-ci (principe de « fiscalisation de la protection sociale »), mais aussi de modifier le fonctionnement du marché en créant des trappes à bas salaires. Elle fait financer une partie de la protection sociale par l’impôt et en modifie donc la nature même.


Intervention de Camille Landais
Une analyse des outils fiscaux de redistribution est également un préalable avant tout remise en cause de notre système de redistribution actuel.
Le principe de redistribution existe parce qu’il y a des inégalités primaires entre les citoyens qu’il est nécessaire de changer.
Il faut se poser la question du niveau de redistribution, mais aussi celle de son équité, de son efficacité, avant d’envisager d’autres réformes. Mais il s’agit là de questions politiques et sociales avant tout.
S’il y a trop de ciblage des prestations, les contribuables concernés par les prélèvements seront moins volontaires pour faire fonctionner un système qui ne leur est pas favorable.  Cette logique s’applique à toutes les sphères où il y a des inégalités, comme la carte scolaire, les retraites, etc.
Il y de nombreux modes de prélèvements :
1-    L’imposition sur le revenu (IR), impôt progressif est une pierre angulaire dans la fiscalité française. Ce n’est pourtant pas un système très clair. En effet, l’ « assiette », base du calcul de l’IR, est réduite  notamment par les 750 niches fiscales existantes, dont l’efficacité n’a jamais été évaluée. 2,5 millions de foyers ne paient pas l’IR en raison du quotient familial par exemple. Aujourd’hui le volume de transferts est faible par rapport à la CSG ou la TVA.
En 2005 : l’IR rapport 49 milliards d’euros, à comparer  avec la TVA (120 milliards d’euros)
Baisser l’IR sur les hauts revenus accroît de fait les inégalités : les revenus non taxés suite à cette baisse viennent augmenter encore davantage les capitaux accumulés qui rapportent donc des revenus, qui viennent accroître davantage les revenus…
2-    La CSG finance la protection sociale en complément des cotisations sociales sur les salaires. Elle est proportionnelle.
Un des projets du PS est de fusionner l’IR et la CSG. Dans ce cadre, la définition de l’assiette de son nouvel impôt (revenus du travail, revenus du capital, exonérations,etc) est un élément capital et une réflexion préalable à mener avant  sa mise en œuvre.
3-    L’impôt sur la fortune (ISF) : tout patrimoine donne des revenus (sous forme de placement, de loyers, etc), la philosophie de l’ISF est donc de taxer le patrimoine puisqu’il rapporte. Son objectif est donc d’inciter les détenteurs de capitaux de les placer de manière efficace. Cet impôt a un coût très élevé pour de faibles recettes en fait. Le bouclier fiscal a détruit dans les faits l’ISF.
A ce sujet, il faut tordre le cou à l’idée que le « fort » taux d’imposition sur l’ISF fait fuire les capitaux. En fait, une étude ( ??) a montré que 300 grandes fortunes par an quittaient la France. 50% pour des raisons professionnelles et 50% pour des raisons d’imposition. Mais il faut voir que cette perte est dérisoire et n’entraîne aucun « trou » fiscal. Pour l’instant.
4-    Droits de succession : élément capital dans la réduction des inégalités de patrimoine et de revenus, de mobilité sociale. La question est régulièrement soulevée des problèmes de succession dans les entreprises : d’une part, des exonérations bénéficient aux successions du vivant du donateur, et d’autre part, des études montrent que les successions familiales réussissent moins bien que les successions non familiales.
5-    Fiscalité locale La notion de redistribution dans l’espace est aussi très importante dans le cadre de la fiscalité locale qui, selon lui, doit être repensée dans sa globalité L’exemple de la taxe d’habitation est symptomatique de cette fiscalité locale, qui bien qu’en forte croissante depuis cinq ans, ne résout pas les inégalités.
La taxe d’habitation est calculée depuis les années 1960 sur une base cadastrale (taille de l’appartement, nombre de pièces, pièce d’eau, etc.) et non pas sur l’évolution des prix du marché. Ainsi un appartement HLM avec une salle de bain était dans les années 70 comme un logement de confort avec une forte valeur contrairement aux appartements parisiens dans le 5ème ou 6ème arrondissements, ayant encore des toilettes sur le palier, auxquels on applique une faible taxe d’habitation. 

En synthèse de ce premier débat, nous retiendrons plusieurs éléments
-    la necessité de se poser la question de la fiscalité non pas uniquement en terme d’outils de reditribution, mais en prenant en compte le volume total des trnasferts, les modalités de prélèvement et leurs destinataires
-    l’importance de clarifier l’articulation entre les prélèvements sur le travail et     l’ « impôt universel », pour rendre plus transparent le financement de la protection sociale
-    l’importance de repenser l’ensemble des prélèvement globalement mais également leurs articulations
Réhabiliter l’impôt, c’est réhabiliter la solidarité. Pour reconstruire des mécanismes de solidarité plus juste, mais également plus efficace, notre travail devra s’appuyer sur une analyse poussée de notre système de redistribution. C’est la vocation de ce groupe de travail, lancé à l’occasion de ces premières journées de débat, et donc le travail ne fait que commencer…
par Réinventer la gauche publié dans : Atelier 1 : Redistribution des richesses
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Mercredi 17 octobre 2007
Deux intervenants avaient été conviés pour cette réflexion autour du thème individu et vivre-ensemble: Eric Polian, consultant en droit du travail et Mohammed Mechmache, président de l’association AC ! Le Feu.

Eric Polian, à qui a d’abord été passé la parole, a rappelé que la société est aujourd’hui fortement “structurée par  le travail”. Il a rappelé que la France compte environ 27 millions de salariés dont 18 millions dans le privé et 4 millions dans le public. La majorité de la population, soit 19 millions de personnes, est en CDI. Pour autant, on assiste ces dernières années à la dégradation des conditions de travail d’une grande partie de cette population. Ainsi, l’écart entre l’espérance de vie des ouvriers et celle des cadres augmente. Les accidents du travail se comptent en millions : 1,4 millions ont récemment été déclarés. Les troubles musqulo-squelettiques ont été multipliés par 6 en quelques années. Le nombre de salariés ayant à fournir un effort physique augmente comme d’ailleurs le travail à la chaîne. Certains salariés doivent faire face à la double contrainte de la cadence et du contact avec le public comme par exemple les salariés des centres d’appels téléphoniques. A cela s’ajoute une flexibilité accrue des horaires de travail.

Eric Polian analyse la situation comme étant la conséquence notamment de l’importation de modèles d’organisation du travail venant des Etats-Unis et du Japon à quoi s’ajoute “l’exigence de rentabilité”. Dans les entreprises il constate une inflation de la quantification des données par exemple le nombre de tâches accomplies par les salariés sauf que cette mesure est inexacte dans la plupart des cas. Par ailleurs, les tâches sont de plus en plus individualisées et les salariés mis en concurrence avec en arrière-plan la peur du chômage. Tout cela a pour conséquence la destruction des collectifs de travail où l’on trouvait avant entraide, solidarité mais également transmission d’un savoir-faire dans les “règles de l’art” du métier. Les salariés sont également isolés face au stress (1/3 des salariés déclarent ainsi être soumis à un stress intense) ce qui conduit parfois à des suicides. En France 500 à 800 suicides liés au travail sont comptabilisés par an et on ne compte pas le nombre de salariés qui prennent des anti-dépresseurs.

Au final cette organisation du travail a un impact sur la société elle-même qui devient plus individualiste et plus violente. Aujourd’hui cette réalité semble comme absente du discours du parti socialiste. Peut-être la composition sociologique du parti est-elle en cause ?

Mohammed Mechmache est ensuite intervenu en expliquant la naissance du collectif AC! Le Feu, dont il est le président, qui a été crée en 2005 après les “révoltes sociales” de Clichy-sous-bois. Il a insisté sur le terme de “révoltes sociales” qu’il revendique face au discours médiatique dominant qui parle des “émeutiers” et non des “révoltés”. Néanmoins, il a rappelé qu’en brûlant des écoles, symbole du grandir ensemble, les “révoltés de Clichy n’ont pas fait autre chose que “s’auto-mutiler”.

Le collectif AC ! Le Feu a repris la devise de la République dans son nom : Association du Collectif Liberté Egalité Fraternité Ensemble et Unis. Forts de ces symboles citoyens ce collectif veut monter des projets qui partent du bas. C’est notamment la philosophie des “cahiers de doléance” qui ont été rédigés par les cités du Nord au Sud au lendemain des “révoltes”. Cette terminologie n’est pas sans rappeler les “cahiers de doléance” de 1789.

Ainsi, face à un monde de plus en plus individualiste AC ! Le Feu souhaite créer une dynamique collective pour “réveiller les consciences”. Il s’agit aussi d’encourager les citoyens des cités à ne pas rester spectateur mais bien à devenir acteur dans une perspective de construction d’une société meilleure pour tous. Pour Mohammed Mechmache la gauche ne répond pas aujourd’hui à cette aspiration car elle n’a pas de programme collectif.

Le débat avec la salle s’est ensuite engagé. Deux militants ont insisté sur le fait qu’il fallait peut-être recréer une “conscience de classe” et que l’action collective était un préalable à l’émancipation individuelle. La question a également été posée de l’objectif, du “pour quoi faire ? “ des “collectifs” à recréer. Un militant a estimé que la laïcité était peut-être une des réponses de la gauche à la remise en cause du vivre-ensemble. L’idée de “reconquérir le collectif” face à Nicolas Sarkozy qui érige en mythe les “success story à l’américaine” a été également évoquée. Cela pourrait notamment passer par une réaffirmation des principes de la solidarité collective dont la sécurité sociale est l’illustration mais également par une autre approche du mouvement social que celle actuellement pratiquée par le Parti socialiste.

Mohammed Mechmache est ensuite intervenu pour dire qu’il avait l’impression que les problèmes de fond n’étaient pas abordés par la gauche aujourd’hui : le logement, le travail et l’insécurité sociale en particulier. De même, personne ne semble s’étonner du fait que dans le cinquième pays le plus riche du monde, des citoyens en soient réduits à s’endetter pour s’alimenter.

Eric Polian, en écho à Mohammed Mechmache, a lui parlé d’une “banalisation du mal”. Il s’est également interrogé sur cette notion de “conscience de classe” dont il ne voit pas bien ce qu’elle recouvre.

Les militants dans la salle sont à nouveau intervenus. Un militant a expliqué que les communautés pouvaient être considérées comme une des formes du vivre-ensemble. Un militant a ensuite abordé la question de la ghettoïsation dont un des exemples les plus flagrants est l’Ile de France. En écho à ces propos un autre militant a évoqué une “régression de la civilisation” puisque les “repères collectifs” disparaissent. La famille, la communauté deviennent ainsi des “refuges”, la fermeture et le repli sur soi remplaçant l’ouverture. C’est d’ailleurs ce terme qui est venu ensuite avec l’évocation d’une “ouverture” nécessaire vers les syndicats et les associations afin que le Parti socialiste soit au coeur de la question sociale et citoyenne et puisse, en construisant un projet collectif avec comme objectif une société solidaire et juste, offrir à tous l’émancipation individuelle. Or, ceci n’est possible que si l’égalité et la justice sociale sont d’abord assurées comme l’indiquait le texte remis aux militants au début de l’atelier.
par Réinventer la gauche publié dans : Atelier 2 : Individualisme et vivre ensemble
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