Jeudi 8 mai 2008


La préparation du congrès du Parti socialiste est l'occasion de débattre de la situation de la France et de nos orientations : il s'agit à la fois de s'opposer à la politique mise en oeuvre par Sarkozy mais aussi de démontrer, par nos propositions qu'une autre politique, économiquement réaliste et socialement juste, est possible.

Venez débattre avec nous :


Mercredi 14 mai à 20 heures à l'espace Confluences,
190 bd de Charonne, métro Alexandre Dumas

à l'initiative du NPS XIe et XXe arrondissements :
Investir dans l'avenir : quelles politiques pour l'éducation et la jeunesse ?
Avec Bruno Julliard, Adjoint au Maire de Paris chargé de la jeunesse



Mercredi 21 mai

à l'initiative du NPS IXe arrondissement
Informations à venir



Jeudi 22 mai

à l'initiative du NPS Xe et XIXe arrondissements
Informations à venir



Mardi 3  juin

à l'initiative du NPS XVIIIe arrondissement :
Réunion publique en présence de Pierre Larrouturou



Mardi 3  juin

à l'initiative du NPS XIIe arrondissement :
Réunion publique en présence de Liêm Hoang-Ngoc, économiste, et Guillaume Balas, conseiller régional et mandataire du NPS à Paris




Pour toutes ces réunions :

Contact : nps75@nouveau-ps.org


par Réinventer la gauche
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Samedi 3 mai 2008

Contribution du NPS Paris-12e

Evitons les faux débats et le manichéisme

Les socialistes ont accepté l’économie de marché dans les faits en 1983, lors du débat sur la sortie du Système Monétaire Européen. L’actuelle déclaration de principe, adoptée en 1990, affirme que le PS est favorable à « une société d’économie mixte » qui ne méconnaisse pas les règles du marché. Et l’article 6 de la nouvelle déclaration se prononce clairement pour «une économie sociale et écologique de marché, une économie de marché régulée par la puissance publique ».

C’est dans le cadre de l’économie de marché que s’épanouit la « mondialisation », autrement dit la globalisation des relations économiques gouvernées par les règles du libre-échange. Nous socialistes, fondamentalement internationalistes, ne pouvons prôner le repli sur soi, le protectionnisme, et l’indifférence au sort des peuples les plus démunis. L’histoire nous a appris que le développement des échanges, sous certaines conditions, peut-être un puissant levier de prospérité économique et d’élévation des niveaux de vie. Mais comme le rappelle la nouvelle déclaration, nous portons aussi « une critique historique du capitalisme, créateur d’inégalités, porteur d’irrationalité, facteur de crises, qui demeure d’actualité à l’âge d’une mondialisation dominée par le capitalisme financier ».

La mondialisation libérale : génératrice d’inégalités et ignorante des enjeux écologiques

L’accélération du libre échange a créé de nouvelles richesses. Elle a en même temps creusé les inégalités de niveaux de vie entre les classes vivant du seul revenu du travail et celles qui profitent des revenus du capital. Ainsi, en France, en vingt ans, la part des salaires dans le partage de la valeur ajoutée a chuté de plus de 10% au profit du capital.

La mondialisation a aussi creusé les inégalités de développement entre le Nord et le Sud. Abandonnée aux guerres et aux pandémies, l’Afrique sub-saharienne présente un revenu par habitant inférieur à celui de 1975. Au Cameroun, en Egypte, en Haïti ou aux Philippines, les émeutes de la faim mettent à nouveau en lumière les dégâts considérables des politiques libérales imposées aux pays pauvres par les institutions internationales (Banque mondiale, FMI).

Au sein des nouvelles puissances économiques, à l’exception de quelques territoires tel le littoral chinois, la misère reste immense. Les revendications salariales sont traitées par le recours à l’armée. Les violations des droit humains les plus élémentaires (exploitation des femmes et des enfants) restent très fréquentes. En Chine, la société est de plus en plus inégalitaire ; plusieurs études indiquent ainsi que les 10% les plus pauvres de la population ont connu une détérioration très forte de leurs conditions de vie.

Polarisée sur la recherche exclusive de la rentabilité financière à court terme, tirant profit du laxisme des réglementations environnementales et de l’absence d’authentiques politiques énergétiques, la mondialisation libérale contribue à l’aggravation des menaces écologiques qui pèsent sur la planète, à commencer par l’épuisement des réserves énergétiques et le réchauffement climatique.

Un capitalisme financier mondialisé destructeur de croissance pérenne

Le capitalisme financier se caractérise par un flux incessant et déterritorialisé de capitaux, peu régulé, constituant  un marché mondial dominé par les gestionnaires de fonds (fonds de pension, fonds spéculatifs, compagnies d’assurances, pays producteurs de pétrole, …) et les grandes banques qui recherchent une rentabilité à très court terme. Ce marché finance des projets productifs, mais majoritairement des opérations purement spéculatives et déconnectées de l’économie réelle.

A cause d’exigences excessives de rentabilité (au moins 15% annuels alors que le PIB de la plupart des pays augmente au mieux de 5% par an), le capitalisme financier ne permet plus une croissance pérenne, génératrice de stabilité économique et sociale, car il se traduit par des périodes de croissances rapides et brèves suivies par des périodes d’effondrement. Alors que les cycles précédents concernaient les NTIC et l’immobilier, la récente crise des « subprimes » a montré publiquement que l’élément moteur de ce système, le secteur bancaire, était incapable d’évaluer les risques de ses propres activités spéculatives.

Cette forme de capitalisme est à bout de souffle, car en spéculant avec les fonds des épargnants, des futures retraites, des assurances, avec les matières premières énergétiques et alimentaires, elle produit des effets dévastateurs dans la population mondiale comme en témoignent les récentes émeutes de la faim.

La France dans la mondialisation libérale

En France, où l’on manque d’une stratégie industrielle, l’exigence de rentabilité élevée à court terme se traduit par un sous-investissement productif chronique, notamment dans les secteur innovants. L’amélioration des marges bénéficiaires se fait aussi au détriment de la masse salariale, par la réduction des effectifs et par une pression à la baisse sur les salaires.

Les délocalisations industrielles sont loin d’être un phénomène marginal, comme voudraient nous le faire croire certaines études d’inspiration libérale. Les chiffres avancés ne tiennent compte que des transferts apparents. Ils ignorent le recours croissant à des sous-traitants implantés dans les pays à bas coût de main d’œuvre. Ils ignorent aussi les faillites en hausse exponentielle qui masquent les départs.

L’amélioration de la compétitivité passe par la baisse des prix plutôt que par la hausse de la productivité. Et la mondialisation sert ainsi de prétexte, en France et ailleurs, à la généralisation de politiques de régression sociale qui se résument, selon le « consensus de Washington », à la modération salariale, à une politique exacerbée de la concurrence dans tous les secteurs d’activité sans distinction, à la flexibilité du marché du travail et à la réduction des dépenses publiques, y compris celles qui finançaient les mécanismes collectifs de protection sociale.

L’actualité récente nous encourage à promouvoir une autre mondialisation

Le système financier international est touché aujourd’hui par une crise de grande ampleur qui menace d’entraîner l’économie mondiale dans la spirale de la récession. Parallèlement s’accélère la prise de conscience mondiale de l’urgence des défis environnementaux. Le débat actuel aux Etats-Unis porte ainsi sur les restrictions au libre-échange, sur la progressivité de l’impôt, sur le retour de l’intervention publique dans la sphère économique ou sur la régularisation de 12 millions de sans-papiers.

Alors qu’aux Etats-Unis, en Angleterre, et demain en France et en Europe, les dirigeants seront soumis à la nécessité de prendre des mesures radicales de sauvetage du système bancaire et de se tourner vers des formes nouvelles de régulation publique de l’économie, il serait paradoxal que la gauche française, en quête d’une illusoire modernité, mue à contresens de l’histoire. Nous assistons probablement à la fin de la domination culturelle du  capitalisme financier et de l’ultralibéralisme économique. Cela constitue une opportunité sans précédent de faire avancer nos idées progressistes.

Comment maîtriser le moteur de la mondialisation ? Comment préserver les acquis des modèles sociaux les plus avancés et créer les conditions de leur extension dans les pays qui en sont dépourvus ?

Propositions pour une mondialisation juste et solidaire

·         Relancer la croissance selon un modèle juste et durable : traiter la question salariale pour enrayer la baisse du pouvoir d’achat des ménages (indexer les hausses salariales sur les gains de productivité) ; mener une politique fiscale de meilleure répartition entre les revenus du travail et ceux du capital ; avoir une stratégie industrielle nationale pour aller vers une économie de spécialité à plus forte valeur ajoutée, ce qui suppose notamment de redéfinir le degré de l’interventionnisme public pertinent et efficace, orienté vers des secteurs particuliers tels que l’eau et l’énergie.

Aller vers la République européenne, d’abord en retrouvant à l’échelle européenne des outils politiques évanescents à l’échelle nationale :
promouvoir le fédéralisme budgétaire ; réformer les objectifs de la BCE et du pacte de stabilité (en finir avec la politique de l’euro surévalué - choisir l’impôt, l’emprunt et la redistribution) ; engager l’Europe sociale ; construire un projet industriel similaire à celui de la CECA, la Communauté Européenne de la Recherche et de l’Innovation, pour harmoniser les objectifs et coordonner les moyens ; sortir de l’angélisme en se servant des outils à la disposition de l’UE comme le tarif extérieur commun pour les pays concurrents majeurs n’adoptant pas les mêmes règles commerciales ; faire pression pour abolir les paradis fiscaux dans l’UE.

·        Mondialiser la politique :
oser la réforme des institutions internationales, notamment pour que l’OMC soit soumise à l’ONU et que les normes sociales, environnementales et sanitaires, ainsi que la diversité culturelle, acquièrent une valeur juridique équivalente aux normes commerciales ; réguler le capitalisme financier en taxant les profits réalisés sur les spéculations non génératrices d’investissement ; revoir, d’abord en France, le système de rémunération des dirigeants des grandes entreprises (limiter les rémunérations par dividendes assujetties à des objectifs à court terme).

Contact NPS dans le 12e: Laurent Touzet - npsparis12@free.fr

 

 

par Réinventer la gauche
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Vendredi 18 avril 2008
DAVID REVAULT D’ALLONNES
QUOTIDIEN : jeudi 17 avril 2008

Les grandes manœuvres pré-congrès ont bel et bien commencé au PS. Après Ségolène Royal qui, il y a dix jours, lançait une «consultation participative» , c’est au tour du Nouveau parti socialiste (NPS) de partir à l’offensive. Ce courant de la gauche du parti planche actuellement sur la préparation de huit grandes réunions régionales, qui se tiendront de fin avril à juin, «où seront mises en débat les options que nous défendons», explique Benoît Hamon, leader de cette sensibilité. Le député européen l’assure : «On se met en mouvement.» Un forum devrait également être lancé sur Internet, comme l’a fait l’ancienne candidate à la présidentielle, avec son site Congresutileetserein.com.

Ségolène Royal-NPS, même méthode ? «Il y a une chose sur laquelle nous sommes d’accord avec elle : il faut défendre une offre autour de laquelle les gens s’agrégeront, poursuit Benoît Hamon. Certains rentrent dans le congrès comme dans une partie de Rubik’s Cube, en envisageant toutes les contributions possibles. Nous, nous le ferons avec une offre politique. Comme elle.» Là s’arrête la ressemblance entre les deux initiatives : «Nous, nous proposons des options, pas des questions. On ne demandera pas si le capitalisme est méchant ou si l’écologie, c’est bien», résume Benoît Hamon.

Ces «options pour une gauche moderne» , rassemblées dans un «plan détaillé», visent à «préparer la France de l’après-Sarkozy en anticipant ce que sera la situation dans quatre ans, et en préparant les moyens de revenir au pouvoir dans un contexte où les inégalités auront augmenté, où la violence sera plus forte et les instruments de régulation auront été démantelés par la politique du gouvernement». L’économiste Liêm Hoang-Ngoc et l’historien - et ancien leader de l’Unef-ID - Philippe Darriulat, planchent d’ores et déjà, entre autres, sur ces contributions.

Autre objectif, plus arithmétique que programmatique celui-là : mobiliser afin de désenclaver et d’élargir le «périmètre» d’un courant qui, au moment du congrès du Mans de 2005, pesait près d’un quart des suffrages des militants. Mais qui, depuis, a vu partir plusieurs de ses dirigeants. Dont Arnaud Montebourg, puis Vincent Peillon, devenu depuis l’un des principaux soutiens de Ségolène Royal.

http://www.liberation.fr/actualite/politiques/321675.FR.php © Libération
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Jeudi 17 avril 2008
par Réinventer la gauche
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Mardi 15 avril 2008
La crise financière américaine a dépassé les frontières des Etats-Unis. Elle risque désormais de casser la croissance.

 

Une crise locale touchant les crédits immobiliers aux Américains les plus pauvres est en train de se transformer en séisme économico-financier planétaire. La raison ? Le début de panique qui a saisi les grandes banques internationales dans un climat conjoncturel déjà tendu par le sévère coup de frein de l'économie américaine et la poussée des prix pétroliers et alimentaires. Le tout fait craindre le retour de la stagflation des années 70. La possibilité de plus en plus souvent évoquée par les économistes d'une récession longue et sévère aux Etats-Unis déprime les banques qui ne veulent plus jouer le rôle que l'on attend d'elles: mesurer correctement les risques et prêter à bon escient pour financer la croissance. Tout crédit et tout placement deviennent suspects à leurs yeux : les prêts immobiliers aux plus pauvres, mais aussi les prêts immobiliers en général, les prêts aux autres banques dont elles mesurent mal les problèmes, les prêts aux collectivités locales, les prêts aux autres acteurs financiers, etc.

Ainsi, comme dans Les animaux malades de la peste de La Fontaine, tous ne meurent pas, mais tous sont touchés par cette crise de confiance. Les banques au premier chef, dont la somme des pertes annoncées du fait de la crise des subprime atteignait déjà environ 130 milliards de dollars en janvier dernier, et pourraient atteindre au final 220 à 450 milliards de dollars. Mais aussi les fonds spéculatifs, auxquels les banques ne prêtent plus de quoi jouer sur les marchés, mais leur réclament à l'inverse des débuts de remboursements que certains ne peuvent assurer compte tenu de la chute du prix des crédits immobiliers sur lesquels ils avaient parié. C'est ainsi que le fonds Carlyle Capital Corporation, qui avait emprunté 32 fois la valeur de son capital, a fait faillite à la mi-mars. Les banques d'affaires également, telle Bear Stearns, rachetée pour une poignée de dollars par JP Morgan. L'ensemble nourrit une instabilité des Bourses et une fragilité du dollar qui ajoutent au sentiment général de panique.

Il n'y a aucune raison que les nuages noirs de la finance américaine s'arrêtent aux frontières de l'Europe. Même si la croissance de la zone euro et celle de la France résistent, le mélange de récession américaine, de forte hausse de l'euro et de panique financière finira par nous toucher. A moins que les autorités monétaires et les gouvernements ne trouvent la parade à la crise par un mélange de subtiles interventions monétaires et de relance budgétaire. Ce qui est loin d'être assuré, mais représente l'enjeu crucial des semaines et des mois qui viennent.

Christian Chavagneux, Guillaume Duval

http://www.alternatives-economiques.fr/vent-de-panique-sur-l-economie-mondiale_fr_art_699_36336.html

Alternatives Economiques -  n°268 - Avril 2008
par Réinventer la gauche
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Dimanche 13 avril 2008
Le gouvernement s'apprête à appliquer un plan d'économie de 7 milliards d'euros à l'horizon 2011 dans le cadre de la révision générale des politiques publiques. Après les 23 900 départs à la retraite non remplacés en 2008 (dont 11 200 dans l'éducation), 35 000 postes seront à nouveau supprimés en 2009 dans la fonction publique. "L'économie" réalisée ne dépassera pourtant pas 500 millions d'euros par an.


On voit mal comment le gouvernement s'y prendra, sans relever les impôts, pour solder le reste de la facture par le simple biais des réorganisations annoncées (parfois nécessaires) de l'administration. En attendant, après l'éducation, l'encadrement prévu des dépenses de santé et d'emploi compromettra le traitement de nombreuses urgences sociales. Le manque de personnel dans les hôpitaux ne sera pas comblé. Le volet "sécurité" de la "flexisécurité" verra difficilement le jour. Le revenu de solidarité active ne fera pas long feu. Une telle baisse des dépenses publiques provoquera de surcroît un effet récessif.

Contrairement à l'objectif recherché, les déficits se creuseront de nouveau, compte tenu de la chute des recettes fiscales induite par la décroissance de l'économie. Trop de rigueur tuera la rigueur. La politique budgétaire restrictive française est une erreur économique à l'heure où pointe une récession mondiale. Dans un tel contexte, Américains et Britanniques ne manquent jamais d'user de l'arme budgétaire pour relancer la croissance, en complément de l'instrument monétaire. La France pourrait d'autant plus emboîter le pas que ses marges de manoeuvre budgétaires sont sous-estimées.

Premièrement, la France n'est aucunement en faillite. Comme tout compte de patrimoine, le compte de l'Etat comporte un passif, la dette, mais il inclut également les actifs qu'il détient. La différence, positive, représente 38 % du PIB. Chaque nouveau-né voit en vérité le jour avec un crédit de 11 000 euros.

Deuxièmement, nos marges de manoeuvre sont en particulier plus grandes qu'outre-Atlantique. Il existe une abondante épargne intérieure qui fait cruellement défaut aux Etats-Unis. Dans l'Hexagone, elle deviendrait excédentaire si l'Etat ne la mobilisait pas pour compenser le déficit d'investissements privés qui pénalise la croissance française. Parce que cette épargne est friande d'obligations d'Etat, réputées extrêmement sûres, l'agence France Trésor peut émettre des titres à très bas taux d'intérêt pour financer une relance budgétaire. Il n'y a donc aucun problème pour financer la politique publique. Le "paquet fiscal" a ainsi été financé grâce à la dette. Il ne provoque malheureusement pas le choc fiscal initialement escompté.

Malgré l'allégement du coût des heures supplémentaires, les entreprises n'ont aucune raison d'accroître le volume de travail dans le marasme qui prévaut. L'exonération de cotisations a donc créé un nouvel effet d'aubaine. Le manque à gagner pour la sécurité sociale devra être comblé par de nouveaux prélèvements qui pèseront sur la consommation. Le reste du "paquet" (bouclier fiscal, successions, intérêts d'emprunt...) accroît le revenu disponible des ménages aisés, dont la propension à épargner est forte.

En 2009, les 13,8 milliards du paquet fiscal pourraient être redéployés vers des dépenses porteuses d'avenir : santé, éducation, innovation, recherche, investissement public, redistribution. La dette est alors dite "soutenable" si la croissance qu'elle soutient engendre les recettes fiscales permettant en fin de course de réduire les déficits. Le meilleur moyen de réduire les déficits est de relancer la bonne dépense, celle qui exerce un effet réel sur la croissance. Entre 1999 et 2006, la Grande-Bretagne a ainsi réduit sa dette malgré un accroissement de 5 points de ses dépenses publiques, notamment destiné à créer 560 000 emplois publics, dont 150 000 dans l'éducation et 280 000 dans la santé.

Le plan de rigueur n'est justifié à l'aune d'aucun argument macroéconomique sérieux. Il n'est indispensable que dans la perspective d'un respect dogmatique du pacte de stabilité, dont Romano Prodi disait qu'il est une stupidité. L'application du pacte de stabilité est en effet à l'origine du "paradoxe de la dette" : la dette publique s'est accrue au cours de ces quinze dernières années au cours desquelles les gouvernements ont appliqué des politiques censées réduire le poids de l'interventionnisme public. Contrairement à une idée reçue, la montée inexorable des déficits n'est aucunement due à une explosion des dépenses de l'Etat et de ses dépenses de fonctionnement. La part des dépenses publiques dans le PIB est restée inchangée depuis vingt-cinq ans, autour de 53 % du revenu national.

En son sein, ce sont les dépenses sociales (santé, retraite) qui ont augmenté de plus de 2 points, sans qu'on puisse crier au scandale. La part des dépenses de l'Etat a baissé de 3 points, passant de 25 % à 22 % du PIB. Parmi celles-ci, les dépenses de fonctionnement, cibles de toutes les critiques, ont été réduites de 5 points, passant de 40 % à 35 % des dépenses de l'Etat. Les dépenses de personnel ont été réduites de 4 points, passant de 28 % à 24 % des dépenses de l'Etat. Par ailleurs, la loi organique relative à la loi de finances évalue désormais strictement chaque mission dans une perspective nécessaire de rationalisation des choix budgétaires. Enfin, les budgets des collectivités territoriales sont équilibrés, malgré de nombreux transferts de compétences réalisés sans transferts de ressources.

Le creusement de la dette publique ne provient donc pas de l'inflation de dépenses publiques, mais de la chute des recettes fiscales qui résulte de la baisse du rendement de l'impôt, induite par les réformes fiscales engagées depuis 1993, et de l'inefficacité des politiques "de l'offre". Celles-ci se sont avérées incapables d'emmener la croissance française à son taux potentiel, supérieur à 3 %.

A l'exception de la période 1998-2001, la croissance annuelle moyenne a été trop souvent en dessous des hypothèses retenues pour la construction des lois de finances. La dette publique s'est donc accrue. Elle représentait 36,5 % du PIB en 1991, avant l'entrée en application du traité de Maastricht. Elle explose entre 1993 et 1996, où elle s'élève à 58,5 % du PIB. Après un intermède lié à la reprise de 1998-2001, elle recommence à croître à partir de 2002. Elle est aujourd'hui supérieure à 64 %. Il n'y a pas d'exception française en la matière.

Malgré leur zèle à comprimer les dépenses publiques, cinq autres pays de l'Eurogroupe ne parviennent pas à respecter la limite d'un taux d'endettement de 60 % du PIB, fixé par le pacte de stabilité. Le taux d'endettement du Portugal est de 65 %, celui de l'Allemagne de 68 %, celui de la Belgique de 89 %, celui de la Grèce de 105 % et celui de l'Italie de 107 %.

La présidence française du Conseil européen peut être l'occasion, dès le 1er juillet, de lancer enfin le chantier de la révision du pacte de stabilité pour inscrire l'Europe dans la perspective d'une relance mondiale de la croissance. Puisque rien n'est gravé dans le marbre d'une Constitution, le prochain président du Conseil européen peut, pour cela, proposer sans difficulté de réviser l'article 126 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, l'un des trois textes qu'il a fait ratifier, il y a peu, par voie parlementaire.

Liêm Hoang-Ngoc est économiste, maître de conférences à l'université Paris-I.

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/04/10/trop-de-rigueur-tuera-la-rigueur-par-liem-hoang-ngoc_1033109_3232.html

par Réinventer la gauche
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Vendredi 11 avril 2008

Bruno Julliard adjoint au maire de Paris, chargé de la jeunesse.

Le boîtier mal nommé «Beethoven», ayant la faculté d’émettre des sons suraigus particulièrement désagréables et perceptibles par les seuls adolescents, semble la dernière invention pour régler le «problème jeune». Cette trouvaille suscite une légitime émotion tant elle est une aberration sur les plans éthique et politique. Première aberration : l’origine et le fonctionnement de ce dispositif. Ce projet, qui exploite un filon commercial, s’assoit sur un socle éthique douteux.

Appliquer à l’humain des mesures de «tortures douces» destinées aux animaux s’oppose aux fondements du respect de la dignité humaine. Seconde aberration : l’existence et l’idée même de l’usage de ce boîtier. Il existerait un «problème jeune», les jeunes seraient facteur de nuisance voire de danger. A ce «problème» on ne proposerait plus de solution mais un contournement, une mise à distance physique. Cette trouvaille décentre les problèmes des jeunes vers un problème du jeune déresponsabilisant ainsi la société et le politique dans l’ensemble de leur mission. Force est de constater que ce procédé est tristement révélateur de l’échec des politiques ciblées en direction de la jeunesse. Ne nous mentons pas, les lieux d’usage de ce procédé ne seront pas choisis au hasard. C’est une fois de plus dans les quartiers populaires, où la reproduction sociale joue à plein et où construire sa vie est plus difficile qu’on souhaitera installer ces «repoussoirs». C’est précisément là où l’attente est la plus forte, là où la jeunesse est la plus stigmatisée. C’est là toute la bêtise de cette initiative. Des émeutes dans les banlieues nous n’aurions retenu que la violence et la haine dont il faudrait se protéger, de ces soulèvements nous n’aurions pas voulu entendre la souffrance et l’appel à l’aide. L’usage de ce dispositif suscitera un ressentiment dont on serait bien malvenu de s’émouvoir tant sa violence symbolique est évidente. Ne confondons pas tout : les problèmes de délinquance doivent trouver réponse, et parfois de manière répressive, mais cela ne doit jamais venir faire écran à la recherche permanente des causes d’une grande part de cette délinquance et des solutions à apporter à celles-ci.

Emploi, logement : les jeunes sont frappés de plein fouet par les crises que subit notre pays. Il y a deux ans, pour améliorer ses conditions d’emploi, on leur proposait un contrat de travail piège, un contrat au rabais avec le CPE. La sanction systématique plutôt que la prévention, la démission plutôt que l’accompagnement, voilà qui résume les politiques de jeunesse mises à l’œuvre. Le boîtier miracle ne règle rien et vient alimenter de façon honteusement démagogique la spirale répressive et les préjugés stigmatisant. Quelle méconnaissance de la jeunesse de notre pays ! Non, les jeunes ne désirent pas «traîner» indéfiniment dans les cages d’escaliers. Non, ils ne voient pas les entrées des centres commerciaux comme le lieu de l’aboutissement de leur ascension sociale. Non, ils n’ont pas comme ambition de perturber le quotidien de leurs propres voisins. A un moment charnière de leur vie, celui des choix et des doutes, les jeunes attendent d’être accompagnés, soutenus et orientés dans la voie de la responsabilisation et du passage à l’âge adulte. Qu’est ce qu’être «jeune» si ce n’est justement se situer à ce passage crucial de son parcours où naît l’aspiration à trouver un emploi, un logement et finalement achever un processus d’émancipation. Il serait proprement ridicule de penser qu’un seul d’entre eux ne souhaite pas profondément opérer cette mutation, qu’un seul d’entre eux préfère délibérément une vie de dépendance, un maintien dans l’enfance. C’est cela qu’il faut entendre et à cela qu’il faut tenter de répondre.

N’acceptons pas ce type d’initiative qui vise à fermer les yeux ou pire à détourner son regard de notre jeunesse. La jeunesse est l’avenir, elle est par essence riche et dynamique. Regardons-la en face et soutenons-la. Dans mes nouvelles fonctions d’adjoint au Maire de Paris chargé de la jeunesse, je m’opposerai farouchement à l’utilisation de ce boîtier, tant dans les lieux publics que dans des structures privées. J’en refuse, comme beaucoup d’autres, l’existence même et en demande l’interdiction.

http://www.liberation.fr/rebonds/320524.FR.php © Libération
par Réinventer la gauche
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Mardi 25 mars 2008


 Tribune de Henri Emmanuelli et Benoît Hamon, parue ce jour dans le Monde.

Tirer les leçons d’une consultation électorale est un devoir primordial pour une formation politique, a fortiori pour le Parti socialiste qui a été l’acteur majeur de la victoire de la gauche dimanche 16 mars.

La première leçon est simple. Elle se lit dans la sécheresse des résultats : la droite a subi une déroute lors de ces élections municipales. Les 58 villes de plus de 20 000 habitants conquises par la gauche traduisent l’ampleur de cette défaite. Il peut sembler banal de l’affirmer mais cela est nécessaire tant l’impudence, voire l’autisme des ministres et des dirigeants de l’UMP sur les plateaux de télévision confinait au déni de réalité. Le nombre de villes conquises donne une dimension incontestablement nationale à cette défaite.

La seconde leçon concerne le "rôle central" que prétendait exercer le MoDem au centre de notre échiquier politique. A force de vouloir être partout à la fois, le MoDem n’a fini nulle part. La plupart du temps il est resté dans le giron de ses alliés traditionnels de droite, sans lesquels il n’aurait pas conservé le peu de municipalités dont les électrices et les électeurs lui concèdent encore la gestion. En entendant François Bayrou, au soir du premier tour, appeler en vain les électeurs palois à faire barrage aux "socialo-communistes", il nous revenait en mémoire cette définition que François Mitterrand donnait du centre dont il affirmait, non sans humour, qu’il n’était "ni de gauche ni de gauche".

A CONTRESENS DE L’HISTOIRE

Nous serions donc bien avisés de stopper rapidement une inutile et grotesque "danse du centre" et de laisser François Bayrou à sa stratégie électorale narcissique. Le scrutin municipal a eu cette vertu de démontrer l’absence d’efficacité électorale de l’alliance avec le MoDem, ce qui ne signifie pas qu’il faille renoncer à parler à ses électeurs. Si le MoDem décide de rejoindre le camp de la gauche et ses valeurs progressistes, il sera le bienvenu. Cette décision lui appartient, mais n’appartient qu’à lui. En attendant, nous avons mieux à faire.

Ce que nous avons à faire, et cela sera notre troisième et dernière leçon provisoire, est de constater le glissement à gauche de notre électorat. Partout où la gauche était rassemblée, elle réalise de très bons scores. Quand elle était divisée de notre fait, alors communistes, écologistes ou extrême gauche réalisaient des scores qu’il serait absurde d’ignorer. Finalement nous sommes dans une figure classique de notre vie politique accompagnée d’une donnée nouvelle.

La figure classique est celle de la bipolarisation entre la gauche et la droite. Une bipolarisation dont nous n’hésitons pas à affirmer qu’elle est saine pour notre démocratie, qui a besoin d’options différenciées et de confrontations d’idées et de projets.

La nouveauté est celle d’une radicalisation d’une partie de notre électorat qui s’explique aisément par l’inquiétude croissante devant la dégradation des conditions de vie des classes populaires et, phénomène nouveau, des classes moyennes. Les socialistes risqueraient de passer à côté de l’essentiel s’ils ne tiraient pas rapidement les conséquences qui s’imposent de ce message adressé par les Françaises et les Français. Un message qui risque de s’amplifier tant les perspectives économiques mondiales sont inquiétantes. La crise de très grande ampleur que traverse le système financier international, et qui menace désormais d’entraîner l’économie mondiale dans la spirale de la récession, marque assurément la fin des illusions de la globalisation financière et de la libéralisation effrénée du commerce international.

Alors qu’aux Etats-Unis, en Angleterre et, demain, en France et en Europe les dirigeants seront soumis à la nécessité de prendre des mesures radicales de sauvetage du système bancaire et de se tourner vers des formes nouvelles de régulation publique de l’économie, il serait paradoxal que la gauche française, en quête d’une illusoire modernité, "mue" à contresens de l’histoire.

Nous assistons à la fin de la domination culturelle du libéralisme et du capitalisme financier. Cela constitue une opportunité sans précédent de faire avancer nos idées progressistes. C’est ce à quoi nous invitons le Parti socialiste et ce à quoi nous consacrerons notre énergie dans les semaines et les mois à venir, avec toutes celles et tous ceux qui le souhaitent.

par Réinventer la gauche
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Lundi 10 mars 2008
150px-Democratslogo_svg.pngPar Jérôme Leparoux
Jérôme Leparoux est membre du Parti socialiste. Il vit aux Etats-Unis.

La campagne présidentielle américaine a commencé, il y a plus d'un an, dans un contexte économique et international bien différent de ce qu'il est aujourd'hui. La guerre en Irak était alors la préoccupation majeure des Américains. Ceux-ci venaient de donner aux Démocrates la majorité à la Chambre des Représentants, sur la promesse du retrait des troupes. La nouvelle majorité profitait alors d'une conjoncture favorable, pour augmenter le salaire minimum fédéral de 40%.

Depuis, l'ordre des priorités a changé. La guerre et le terrorisme demeurent des sujets essentiels, mais la crise économique a fait irruption dans les débats, comme pendant la campagne de 1992 qui aboutit à la victoire de Bill Clinton sur Georges Bush père. Après les deux mandats désastreux du second Bush, une Amérique qui se cherche et doute d'elle-même s'apprête à élire un nouveau Président dont elle attend beaucoup.

Les Etats-Unis dans la tourmente

En quelques mois, la récession économique s'est installée. La crise du crédit hypothécaire frappe de plein fouet des millions de foyers devenus insolvables, dont le logement est saisi. La hausse du prix du pétrole, combinée à la faiblesse du dollar, a fait exploser le coût de l'énergie, contribuant à porter l'inflation à des taux record, proches de 4% en base annuelle. La hausse des cotisations d'assurance santé, de l'ordre de 10% par an, accentue la baisse du pouvoir d'achat et le sentiment de vulnérabilité de nombreux ménages qui assistent, dans le même temps, à la délocalisation des emplois industriels, notamment vers la Chine. Pour ne rien arranger, la chute de la bourse menace directement les retraites, investies dans des fonds de pensions.

Sur la scène internationale aussi, la situation s'est aggravée. L'Irak est plus que jamais un bourbier qui, selon le probable candidat Républicain, John Mc Cain, exigera un siècle de présence de l'US Army. Le Pakistan est entré dans une zone de turbulence, comme l'assassinat de Benazir Bhutto l'a brutalement mis en lumière, et semble ne plus répondre aux demandes de son allié. L'Iran est perçu désormais comme un danger. La Russie et la Chine contestent l'ordre américain. La dépendance énergétique ou économique vis-à-vis du reste du monde ne cesse de croître.

En toile de fond, progresse le sentiment de la faillite de Washington. Le président a désormais si peu de crédit, que son dernier discours sur l'Etat de l'Union n'a rencontré dans le pays qu'un silence indifférent. Le pouvoir semble impuissant à sortir le pays de l'ornière, quand il n'est pas confisqué par le « big business » pétrolier et pharmaceutique ou par de nouvelles formes de dynastie politique. Depuis la fin de la guerre froide, la première puissance mondiale a rarement connu une situation aussi difficile. Elle se trouve, et le monde avec elle, à la croisée des chemins.

Dans ce contexte lourd, trois réponses politiques différentes ont émergé dans le camp démocrate, pour dessiner l'après Georges W. Bush. La confrontation de ces orientations, dans la campagne pour la désignation du candidat à l'élection présidentielle, a mobilisé - et continue de mobiliser - les électeurs de manière exceptionnelle. La très forte participation, deux fois plus importante que lors des primaires de 2004, souligne la soif de changement des électeurs de gauche. 

John Edwards, la voix des déclassés 

La première orientation, qualifiée de populiste dans les medias américains, est étrangement familière à des européens. C'est celle d'une aile gauche qui, sans nécessairement se revendiquer comme telle, souligne les ravages de la crise économique et l'accentuation des clivages sociaux qui en découlent, pour tenter de rassembler les classes populaires et les classes moyennes fragilisées.

Son credo, « Economic justice in America is our cause », est, dans le contexte américain, celui de la justice sociale. La dénonciation de la pauvreté et de l'exclusion a fait irruption dans la campagne par la voix de John Edwards, qui a enfourché le cheval de bataille de la couverture santé universelle. La lutte contre l'influence des lobbys et du business dans les décisions publiques est un autre élément essentiel de cette ligne politique, qui ose dénoncer les « profiteurs de guerre ».

Sur le plan économique, John Edwards a donné un débouché politique à un courant d'opinion qui oppose le commerce régulé (Fair Trade) au libre échange (Free Trade) et rejoint, ce faisant, les préoccupations de certaines centrales syndicales qui veulent voir progresser les standards sociaux dans les pays qui exportent vers les Etats-Unis, afin de protéger les emplois. Il défend aussi l'idée d'une politique volontariste de grands travaux pour relancer l'économie.

Bien que n'ayant plus de représentant dans la primaire, après l'abandon de John Edwards, cette ligne politique continue d'irriguer le débat car ses partisans sont devenus un enjeu pour les deux candidats encore en lice. Pour sa part, le colistier de John Kerry en 2004 entend peser sur l'orientation du futur champion démocrate et semble décidé à exprimer sa préférence le plus tard possible.

Hillary Clinton : classes moyennes et moralisme

 La seconde voie est le miroir inversé de la première. Elle est classiquement américaine en ce qu'elle fait appel aux valeurs d'efficacité, d'expérience (Record), de ténacité (Resilience) et de travail pour construire une position électorale centrale, dans laquelle se reconnaisse l'ensemble des classes moyennes.

Elle repose sur une stratégie ambivalente qui prend comme pivot quelques mots d'ordre identitaires fondamentaux pour la famille démocrate - la couverture santé universelle ou l'augmentation du salaire minimal fédéral -  et reprend dans le même temps à son compte des valeurs d'ordre et de fermeté qui sont l'apanage des Républicains. Dans un système bipartisan, de centrale et modérée, cette ligne anticipe la confrontation avec le candidat de droite et vire au centrisme, sans toujours éviter l'écueil de la démagogie.

Ainsi Hillary Clinton insiste t-elle sur le caractère universel, parce qu'obligatoire, du système de santé qu'elle propose, sans s'embarrasser de l'applicabilité de son projet. Comment, en effet, contraindre des gens qui n'en n'ont pas les moyens à payer une assurance maladie ? Faudra-t-il imposer des amendes à des foyers déjà en grande difficulté ? La Sénatrice de New York s'en tire par une pirouette : son plan garantira des niveaux de prix accessibles pour tous. Ce qui lui permet, au passage, d'envoyer un signal de connivence à l'électorat républicain qui, traditionnellement, dénonce les profiteurs (Free Riders) des systèmes de protection sociale. Pour autant, ni les conservateurs ni les progressistes n'ont oublié l'échec du plan Santé qu'elle proposa en 1993, rebaptisé « HillaryCare » par ses détracteurs, qui coûta la majorité aux démocrates lors des élections de mi-mandat qui suivirent.

En matière internationale, Hillary Clinton se veut réaliste et justifie par là son vote en faveur de l'intervention militaire en Irak. De même que sur les questions d'immigration, l'enjeu est la recherche d'une position républicano-compatible qui permette d'échapper au procès en angélisme ou en faiblesse de la part du camp conservateur.

Sur le plan politique, son approche du corps social est segmentée en catégories qui représentent autant d'intérêts particuliers à satisfaire de façon différenciée. Elle s'inscrit dans la tradition politique anglo-saxonne qui considère que la société a besoin de l'intermédiation de communautés auto-organisées et de groupes de pression. Ainsi s'adresse t-elle aux femmes en tant que Femme, aux hispaniques en tant que tels, ou encore aux classes populaires en tant que groupe social parmi d'autres. Quitte à jouer implicitement sur les tensions entre les différentes communautés, Latinos et Afro-Américains en particulier, pour contrer son concurrent démocrate, d'origine kényane. Quitte, aussi, à résoudre les contradictions sociales en transformant ses principales propositions en impératifs moraux : « We have a moral duty » est un de ses leitmotiv.

En résumé, l'orientation d'Hillary Clinton est plus empreinte de moralisme que portée par une idée du progrès social. Elle repose davantage sur une série de mesures techniques ou isolées, enchâssées aux valeurs nationales, que sur le projet d'une nouvelle société. Ses « solutions for America » visent à séduire à gauche, tout en rassurant à droite. C'est dans les Etats riches, comme la Californie et New York, les Etats frontaliers ou à forte communauté hispanique, comme l'Arizona, le Nouveau-Mexique ou la Floride, que l'ex-First Lady a jusque-là trouvé le meilleur écho.

 Barack Obama ou l'espoir d'un renouveau américain

 Enfin, le troisième type de réponse vise à recomposer l'espace politique, pour faire émerger une nouvelle majorité de gauche qui permette de dépasser les lignes de fracture traditionnelles de la société américaine. S'efforçant d'évacuer la question raciale, à la différence des candidatures de Jesse Jackson en 1984 et 1988, la ligne de Barack Obama rompt avec le communautarisme anglo-saxon classique d'Hillary Clinton et n'est pas sans rappeler, par contraste, la conception universaliste française de la citoyenneté.

 Autre rupture, toute aussi profonde, cette orientation politique promeut des valeurs de solidarité, par opposition à la posture traditionnelle américaine de responsabilité individuelle, de simple égalité des chances et de charité compassionnelle. Il fustige un marché de l'emploi qui met en concurrence les travailleurs entre eux, et souvent les générations, pour décrocher un emploi payé au salaire minimum. Il souligne l'injustice d'une politique fiscale qui, au prétexte de relancer l'économie, profite aux plus aisés et menace la cohésion sociale. Il affirme que l'Etat doit prendre en charge l'essentiel du coût exorbitant de l'enseignement supérieur, en contre partie d'une période de service civil.

 La réforme du système de santé est aussi, bien sûr, au cœur du discours de Barack Obama, qu'il associe à une forme de reconquête démocratique. C'est par la soumission des intérêts des compagnies d'assurance et des laboratoires pharmaceutiques à l'intérêt général que pourra être mis en place un système plus juste et accessible à tous. C'est grâce à un débat législatif mené au grand jour que sera endiguée la collusion entre les grands groupes privés et certains secteurs du Congrès. De manière plus surprenante dans le contexte américain, c'est par la réhabilitation de l'impôt que seront dégagés les compléments de financement nécessaires, dans le domaine de la santé, comme dans d'autres champs de l'action publique.

 En matière économique, la ligne du Sénateur de l'Illinois met en cause les accords de libre échange, dont le North American Free Trade Agreement (NAFTA), facteurs de raréfaction des emplois industriels sur le sol américain. Elle défend l'idée de la relance par l'investissement public, notamment en matière d'infrastructures. Elle fait aussi écho à l'indignation soulevée par les « superprofits » accumulés par les compagnies pétrolières, au détriment du pouvoir d'achat et de l'environnement.

 Sur le plan international, opposé à la guerre en Irak depuis le début, Barack Obama propose ce qui passe ici pour une révolution : une diplomatie du dialogue, qui cherche à rapprocher les intérêts plutôt qu'à diaboliser. Il affirme en particulier, s'il est élu, vouloir rencontrer sans préalable les dirigeants iraniens, nord-coréens ou cubains dès le début de son mandat.

 Au total, le courant démocrate que fédère ce leader, inconnu du grand public il y un an encore, défend une orientation exigeante et courageuse, en ce qu'elle heurte des conceptions politiques ancrées. Ajoutés à cela, le charisme et l'histoire personnelle de Barack Obama - bien que diplômé de Harvard, il a débuté en militant comme travailleur social dans les rues de Chicago - ont fait lever un souffle nouveau auprès d'un électorat très divers, qui souvent s'est rendu aux urnes pour la première fois, et veut croire à la politique. Il a reçu le soutien du journal de référence de la gauche américaine, The Nation.

 La campagne du Sénateur de l'llinois rappelle celle de J. F. Kennedy. Il semble porter un espoir de changement qui résonne dans toutes les couches de la société et dans tout le pays. Cet espoir est vécu comme étant celui d'un projet collectif que traduit son slogan « Yes, We Can ! » : le renouveau de la société américaine.

 Les candidats démocrates, comme nous venons de l'évoquer, affirment chacun à leur manière l'urgence de protéger les familles des soubresauts de la récession, de contraindre les sociétés de crédit à suspendre les saisies de logements, de relancer la « job machine », d'étendre l'assurance santé, de rendre l'enseignement abordable, de retirer les troupes d'Irak, de modifier le rapport des Etats-Unis au reste du monde... Ils incarnent cependant des conceptions de la politique et des ordres de valeurs différents. Surtout, leurs objectifs politiques sont de nature différente.

Alors que le résultat des primaires est encore incertain, celui ou celle qui s'imposera devra rassembler un parti Démocrate qui n'a jamais connu une course à l'investiture aussi disputée. La bataille peut théoriquement se prolonger jusqu'au vote des derniers Etats, au mois de juin, puisque, à ce jour, près d'un tiers des délégués doivent encore être désignés. En cas de relatif équilibre entre les candidats, l'hypothèse existe qu'il revienne finalement à la Convention Démocrate de trancher, fin août.

Dans tous les cas, la mobilisation inhabituelle des électeurs démocrates, environ le double de celle du camp conservateur, est un signe très encourageant dans la perspective de l'élection de novembre 2008.

21 février 2007

Article publié sur le site : http://utopie-critique.fr/
par Réinventer la gauche
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Samedi 8 mars 2008

logoPS.gifParis est en campagne, comme le reste du pays. 36000 élections différentes et sans portée nationale ? Ce sera la thèse de tous ceux qui auront et ont intérêt à dépolitiser ce moment citoyen. Pourtant, huit mois après l’élection de l’hybride président de la République, curieuse chimère alliant le guignol de Bonaparte et l’immaturité d’un collégien, le paysage change, en surface comme en profondeur. Pour les commentateurs le mal a un nom, et brûlant ce qu’ils ont adoré, Nicolas Sarkozy serait la source de tous les péchés. Certes, le président de la République étonne par  son manque de cohérence, son égocentrisme et son insouciance ; il inquiète aussi par son étrange légèreté à manipuler les thèmes les plus sensibles. Mais s’arrêter là pour la Gauche, c’est refuser de montrer qu’au-delà d’un individu et une pratique du pouvoir, c’est une politique qui est vouée à l’échec, en France comme ailleurs.
Quatre défis mondiaux majeurs nous attendent dans les prochaines années : nourrir la population ( l’augmentation des prix alimentaires n’étant que le prélude à une situation tendue), réguler les changements climatiques au rythme angoissant, construire un système économique mondial stable et juste, combattre la formidable explosion des inégalités, concentrant tous les pouvoirs dans les mains d’une petite minorité.
Qui peut croire que le néo-libéralisme  soit un instrument pertinent pour donner une réponse à ces lourdes questions ? Qui peut penser que la concurrence des agents économiques soit la réponse aux interrogations de l’heure ? Comment imaginer qu’une vague gauche rose pâle ayant admis tous les axiomes économiques et sociaux de la droite puisse offrir un chemin crédible ? On ne peut  rester vingt ans en arrière, ancré dans des problématiques qui n’ont pas de sens, qui ne saisissent pas la phase d’instabilité profonde dans laquelle est entrée le capitalisme mondialisé.
Le premier acte pour nous militants parisiens est simple : offrir à la Gauche une belle victoire en redonnant un deuxième mandat essentiel pour notre ville à Bertrand Delanoë ; Paris, les socialistes parisiens peuvent être, doivent être, un des ferments à la reconstruction de notre camp.

par Réinventer la gauche
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  • : Après la défaite de mai dernier, les représentants parisiens du NPS dans les instances fédérales ont rédigé un texte d'analyse sur la défaite de la gauche et les pistes de reconstruction : "Réinventer la Gauche".

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